La prostitution, monnaie courante à « Jibi Road »

A New Delhi, la prostitution se concentre dans les immeubles crasseux de Garstin Bastion Road, un des quartiers les plus pauvres de la ville.

Les prostituées travaillent cachées et dans un dénuement digne d'une prison, pour 1,70 € par jour. (Jean-Charles BARES)

 G.B. Road (prononcez «Jibi» road), en plein centre de Delhi. A première vue, une rue interminable, comme des milliers d’autres dans la capitale indienne. On avance au rythme des carrioles, péniblement poussées par des hommes, au milieu des badauds, des commerçants et des sacs de riz qui jonchent le sol. Les voitures tentent de se frayer un passage, dans un concert de klaxons. Sur le trottoir, les boutiques en tout genre se succèdent. La spécialité du coin: le matériel électrique.

4 000 prostituées sur 400 mètres…

Cette artère de Delhi est celle où vivent plus de 4 000 prostituées. Pour s’en rendre compte, il suffit de lever les yeux vers les immeubles délabrés : derrière les grilles des fenêtres, des femmes attendent, certaines portent même leur enfant. Elles passent leurs bras à travers les barreaux pour attirer l’œil d’un client potentiel. Le processus de négociation est bien huilé. Le prix se discute dans une langue des signes improvisée. Une fois l’accord conclu, le client passe devant les matrones qui surveillent sous les porches d’entrées. Il s’engouffre ensuite dans les escaliers insalubres. Au numéro 56, où se trouve le bordel le plus fréquenté, c’est l’affluence des grands jours, les va-et-vient sont incessants.

Un peu plus loin, d’un balcon, une prostituée alerte son proxénète qui fait le guet sur le trottoir ; son dernier client tente de s’échapper sans avoir payé. Il est rapidement arrêté par deux hommes qui récupèrent leur dû. A G.B. Road, les souteneurs font la loi.

« Ce sont eux qui contrôlent tout, raconte Rashmi, une responsable de l’association Apne Aap, qui vient en aide aux prostituées. Ils vont chercher les filles dans les villages ou au Népal et les achètent 50 000 roupies (8000 euros) en moyenne. Ils récupèrent ensuite tout l’argent qu’elles gagnent. Une fois que la somme a été remboursée, ce qui prend plusieurs années, les prostituées peuvent commencer à en garder une part.» A raison d’une dizaine de passes par jour et d’un salaire quotidien inférieur à 100 roupies (1,70 euros), elles vivent toujours dans une pauvreté extrême.

…A deux pas des quartiers flambant neufs de Delhi

Face à cette situation, la police est aux abonnés absents. Il y a pourtant un poste au milieu de la rue, mais il paraît bien désuet pour lutter contre un tel trafic. Sur la façade est écrit : « Vous êtes nos yeux et nos oreilles.» Dans le quartier, c’est plutôt l’omerta qui règne. Au bout de la rue, l’atmosphère est différente : finis les nids de poules et les taudis, place aux grandes avenues et aux buildings flambant neufs. Le plus imposant n’est autre que le… Centre civique national. Depuis les bureaux, on doit pouvoir observer la vie grouillante de G.B. Road. Comme si de rien n’était.

 

 

 
Romain BERGOGNE (Avec Jean-Charles BARES)

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