Kailash Bhatt, le grand frère du bidonville

Directeur de la maison des marionnettes, au coeur de Kathputli Colony, à l’ouest de New Delhi, Kailash est devenu la figure emblématique de ce bidonville pas comme les autres.

Kailash Bhatt, musicien, professeur de marionnettes et "ambassadeur de la culture indienne" au choeur de son bidonville (Colin FOLLIOT)

« C’est Michael Jackson », lance en riant un jeune garçon en guenille, apercevant Kailash dans les allées étroites du bidonville. Lunettes de soleil, longue chevelure impeccable, jean ajusté et… maillot de l’équipe algérienne de football sur les épaules, son style tranche avec la misère régnant dans le quartier. Le jeune homme de 25 ans, habillé à la mode occidentale, est la star du bidonville des artistes.

Issu d’une caste de marionnettistes ambulants du Rajasthan – les Bhatt – Kailash a repris le flambeau de la longue tradition familiale. Il a créé la House of Puppets, en 2008, avec Linda Bouifrou, professeur de géographie à l’université Paris VII, qui a fait sa thèse sur ce slum. « Les marionnettes font partie de notre identité, explique Kailash. Nous voulions sauver cet art qui était en train de disparaître. » Depuis, il enseigne aux enfants du bidonville l’art ancestral du maniement des marionnettes. Cet artiste complet donne également des cours de musique et maîtrise toute une panoplie d’instruments traditionnels rajasthanais, comme le Kartal (sorte de castagnette indienne). Régulièrement, la petite troupe menée avec autorité par le professeur aux aguets, donne des spectacles pour les touristes. Cette activité permet à la House of Puppets de s’autofinancer et de rémunérer justement les artistes. « On essaye également de transmettre des messages dans nos spectacles, indique Kailash. On évoque la place des filles, le SIDA ou les grossesses prématurées. »

Il est devenu prophète en son pays

Kailash est fier de montrer son savoir-faire. Le jeune homme manie de main de maître la poupée de chiffon, confectionnée par les femmes avec des matériaux recyclés. Au rythme d’une musique entraînante et des chants des enfants, le professeur fait virevolter sa marionnette. « J’ai beaucoup appris lors de mes nombreux séjours à l’étranger. J’ai complété ma formation en rencontrant des marionnettistes de tous les pays. »

Kailash a eu la chance de voyager jeune, dans le sillage de son père, chanteur soufi reconnu. A 19 ans, il jouait à l’opéra de Turin. Le jeune Indien a poursuivi son tour d’Europe par les Pays-Bas où il s’est produit à plusieurs reprises lors du Mundial Festival. Récemment, il a séjourné en France où il a pu démontrer sa dextérité lors du Festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières. Le gamin du bidonville est devenu un véritable globe-trotter : « Je suis un ambassadeur de la culture indienne », sourit-il.

Sa réussite lui confère une véritable aura à Kathputli Colony. Respecté de tous, il ne peut faire dix mètres dans ce vrai labyrinthe sans s’arrêter pour échanger quelques mots avec une vieille dame en sari ou un jeune homme à la coupe de cheveu travaillée. Ici, il est chez lui. L’histoire de Kathputli Colony n’a plus de secret pour celui qui est devenu prophète en son pays. Kailash, qui parle l’anglais couramment et comprend le français, pourrait très bien tenter sa chance ailleurs à Delhi voire à l’étranger. Pourtant, il n’a pas l’intention de quitter « son » slum : « Ici, je suis heureux. C’est comme un village. On est une grande famille où tout le monde s’entraide. Je suis fier de vivre dans ce bidonville. »

Arnaud BEVILACQUA

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