Formule 1 : l’Inde cherche ses « héros »

Narain Karthikeyan avait montré la voie en 2005 en devenant le premier pilote indien en Formule 1. Ils seront deux cette saison, qui démarre le 27 mars avec douze écuries, dont « Force India ». Désormais, l’Inde ne veut plus se contenter de participer mais vise les premières places.

Les académies de karting se multiplient, à la recherche de futurs talents, y compris des femmes (ci-dessus). Le pilote le plus prometteur aujourd'hui se nomme Parth Gorpade. Il a 17 ans. (Cédric de OLIVEIRA)

Le 30 octobre prochain, l’Inde accueillera pour la première fois un Grand Prix de Formule 1. Une nouveauté qui concrétise l’intérêt grandissant du pays pour cette discipline. Soucieuse d’attiser cette passion naissante, l’Inde doit toutefois franchir une nouvelle étape : « On a besoin de héros », affirme Vicky Chandhok, le président de la Fédération indienne des sports automobiles. Il faut des champions à idolâtrer, des pilotes à même de jouer dans la cour des grands. Car, pour l’heure, Narain Karthikeyan et Karun Chandhok (le fils du président de la Fédération !) – les deux pilotes indiens susceptibles d’avoir un baquet dès le début de cette saison, le 27 mars – se battent davantage pour la 20e place que pour la pole position. D’où la nouvelle obsession du moment : dénicher la perle rare.

L’un des prospecteurs les plus acharnés s’appelle Mackinlay Barreto. Il est directeur de l’Amaron Karting Challenge (A.K.C.), une vaste compétition de karting organisée par cette entreprise (de batteries automobiles) à travers tout le pays, et dont la finale a eu lieu le 3 février dernier à Hyderabad. « Ca a été un grand succès, bien au-delà de nos espérances », se félicite-t-il. Le cru 2011 est en effet une franche réussite, avec une affluence record de 44 000 écoliers âgés de 12 à 16 ans (contre seulement 2000 l’an passé).

Le boum des académies

L’effet Grand Prix est passé par là et M. Barreto compte bien en profiter : « Notre but est double : intéresser le plus grand nombre aux sports mécaniques et détecter les talents précoces. » Or, les deux sont intimement liés : « Cette année, j’ai vu plusieurs gamins avec un potentiel intéressant, qui pourrait les mener jusqu’à la Formule 1. Mais c’est normal : plus ce sport devient populaire, plus il y a de candidats et plus la qualité augmente. » Les jeunes repérés iront ensuite développer leurs dons encore embryonnaires dans l’académie du groupe Amaron, située dans l’Etat du Tamil Nadu, au sud de l’Inde. « On a un jeune extrêmement prometteur, parade Mackinlay. Il a 17 ans, il s’appelle Parth Gorpade et il va falloir le suivre. »

Le virus des académies a touché Amaron comme il touche toute la nomenclatura de la F1 en Inde. JPSI veut monter la sienne, Vijay Mallya, propriétaire de l’écurie « Force India » et pionnier de la F1 au pays des Maharadjahs, a annoncé qu’il allait en faire de même à Nerul (Navi Mumbai) et Narain Karthikeyan, le premier pilote indien à avoir roulé en F1 (en 2005), a d’ores et déjà créé la sienne. Pour autant, ce dernier ne dresse pas un tableau idyllique de la situation : « Il y a du progrès, mais c’est toujours très difficile d’accéder à la F1. L’AKC est une étape significative, un bon moyen de promotion. Mais on a besoin de plus d’AKC. » Et d’insister sur la nécessité de poursuivre la démocratisation d’un sport encore réservé aux classes aisées, même s’il s’immisce progressivement dans les moeurs indiennes.

Le filon de la jeunesse

Vicky Chandhok est aussi de cet avis. Il promet que les prochaines mesures mises en place par la Fédération iront dans ce sens : « Nous allons créer une base nationale très forte avec plusieurs championnats abordables financièrement, pour permettre aux plus démunis d’y accéder. » Les meilleurs d’entre eux devront ensuite trouver des sponsors pour s’exporter à l’international. Un problème de fond en Inde, où les grandes entreprises rechignent à débourser le moindre centime dès qu’on s’écarte du sacro-saint cricket.

Narain Karthikeyan n’a pas ce problème. La dotation de 8 millions d’euros faite par son partenaire, le géant indien de l’automobile Tata Motors, lui a permis de retrouver un volant en F1, six ans après l’avoir quittée. Malgré les écueils qui subsistent, le pilote de 33 ans croit dur comme fer à l’irrésistible expansion de sa discipline en Inde : « la Formule 1 va grandir, encore et encore », nous a-t-il lancé. Mackinlay Barretto abonde et étaye cette annonce prophétique avec un argument de poids : le nombre. « Les jeunes indiens sont de plus en plus intéressés par les sports occidentaux : le football, le tennis et bien sûr la Formule 1. Et l’Inde a tellement de jeunes… » Avec peut-être parmi eux un futur champion du monde ?

Frédéric ROULLIER et Cédric DE OLIVEIRA

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« Ici, les jeunes adorent ça »

Vicky Chandhok, le président de la Fédération Automobile Indienne, livre son sentiment sur le boom de la Formule 1 dans son pays.

« M. Chandhok, comment expliquez-vous l’intérêt grandissant pour la Formule 1 en Inde ?

La progression est assez logique : nous avons une écurie avec Force India, les pilotes Naraïn et Karun ont déjà fait leurs premières armes en Formule 1, il y aura le premier Grand Prix… Et puis, tout le monde a une voiture ici, les jeunes adorent ça. L’Inde a toujours été un pays où la technologie est importante. La F1 étant le nec plus ultra, il est logique que la mayonnaise prenne. Sans aucun doute, ce circuit va montrer à quel point l’Inde a franchi un cap.

Quelle est la stratégie de la Fédération pour accompagner ce développement ?

On fonctionne étape par étape. Nous pensons qu’avec ce circuit, les gens vont devenir fous de F1. La Fédération va également aider à créer des catégories de pilotage accessibles financièrement pour que la progression des pilotes se fasse naturellement. Le but est de créer des bases solides dans le pays.

Développer ces académies de pilotage, est-ce la bonne méthode ?

C’est évidemment la bonne stratégie. Narain Karthikeyian a déjà la sienne à Chennaï, même si elle n’a pas encore eu le succès escompté. Mallya veut monter une école à Nerul, JPSI va ouvrir sa propre école en 2012… Cela montre que tout le monde aura sa chance, même ceux qui viennent de familles défavorisées, alors qu’avant les jeunes n’avaient pas accès à ce sport. Ces académies sont de vraies pépinières, qui doivent permettre de détecter les futurs champions et de les emmener jusqu’à un baquet de Formule 1. »

Recueilli par F.R. et C.de O.

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