Amma, un ticket pour un câlin

 

Amma est un véritable mythe vivant en Inde. Considérée comme une « Mahatma » (grande âme), elle parcourt le monde pour l’embrasser. Ses « darshan » (câlins) ont déjà attirés près de 30 millions de personnes depuis 36 ans. Sa devise : « étreindre le monde pour la paix et l’harmonie ». Les 16 et 17 mars, Mata Amritanandamayi achève sa tournée indienne par la capitale. 


 

Amma sur ses terres: le reportage parfait. C’est sans compter sur la réalité du terrain. Les quelques 300 adeptes-accompagnateurs qui la suivent durant ses périples sont partout, aux aguets. Vous faites un geste vers votre appareil photo, un grand blond vêtu de blanc surgit et vous vilipende de tant de toupet. C’est donc caméra et appareil photo rangés dans leur housse que le reportage devra se réaliser. 

Les accompagnateurs d'Amma, tous de blanc vêtus. (Bénédicte ROBIN)

 

Et pourtant, du matériel, il y en a. Des écrans diffusent en direct les darshan qu’Amma offre au millier d’admirateurs présents aujourd’hui dans son ashram de Vasant Kunj (sud-ouest de Delhi). Le staff d’Amma se charge personnellement de la com’ de sa vedette. 

Un câlin ce n’est pas rien. Cela se prépare méticuleusement. D’abord, il faut passer par le vestiaire… à chaussures. Puis, franchir le détecteur de métaux contrôlé par des militaires peu attentifs. Après ces détails prosaïques, l’heure est à la préparation spirituelle. Méditation collective menée par les mantras (prières) psalmodiées par Amma. 

Des étreintes à la chaîne 

L’annonce du début du rituel de l’enlacement brise le silence de la foule qui se lève comme un seul homme pour rejoindre sa file d’attente, ticket à la main. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Certains vont attendre plusieurs heures pour quelques secondes de contact avec la Mahatma. « L’attente fait partie de la préparation du darshan » explique Sudha (« Nectar », nom choisi par Amma). La jeune psychologue originaire de Chartres fait partie de l’entourage d’Amma. Elle l’a suivi durant toute sa tournée en Inde. 

Elle voue une admiration sans borne à la grande prêtresse dont elle a reçu la première étreinte lorsqu’elle était petite fille. Elle enjoint tout le monde à vivre ce moment « de reconnexion avec soi-même, de connexion du cœur et de l’âme. C’est une ouverture à soi-même. Mais il y a une part d’indicible. Il faut le vivre, car cela dépend de chacun ». 

Passage obligé : le vestiaire à chaussures. (Bénédicte ROBIN)

 

Vu sous cet angle, pourquoi ne pas tenter cette expérience où « on se reconnaît en elle, où elle nous reconnaît », comme la décrit Priya (« Bien-aimée »). Dans la file d’attente des femmes, on vous essuie le visage, on retire les barrettes des cheveux, on fouille les sacs à mains, et c’est avec des guirlandes colorées, des fleurs et des corbeilles de fruits achetés sur place que l’on se présente pour recevoir sa part d’amour. Et pour un journaliste sans accréditation officielle accordée par la communauté de fidèles, ce sera surtout la possibilité de demander directement la permission de prendre « une » photo. 

A presque 60 ans, la Mahatma enchaîne les darshan pendant plusieurs heures d’affilée. En comptant les pauses méditations, chants et prières, le marathon prendra fin à 5 ou 6 heures du matin. Tant pis pour « la » photo. Et pour le câlin. 

Bénédicte ROBIN et Johanne BURGELL

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