Des soins gratuits pour les séropositifs

Dans le troisième pays le plus touché par le sida – environ 2,4 millions de séropositifs -, 239 centres de trithérapie prennent entièrement en charge 295 000 malades. Un chiffre qui ne cesse d’augmenter depuis leur création en 2004. Visite dans le plus grand d’entre eux, à New Delhi.

5 000 personnes séropositives se font soigner gratuitement dans le centre de trithérapie du RML Hospital, à New Delhi. (Marie-Pia RIEUBLANC)

Les tables de la salle d’attente ne sont pas jonchées de magazines, mais de livrets d’information sur la lutte contre le sida. Ils portent le sigle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou de l’Organisation nationale de contrôle du Sida (NACO). Mais seuls quelques curieux les feuillettent, tandis que les autres vaquent à leurs occupations avec une nonchalance exacerbée par la chaleur du printemps.

Comme pour les 5 000 Indiens suivis dans cet ART Center (centre de thérapie anti-rétrovirale) de l’hôpital Ram Manohar Lohia, leur rendez-vous est devenu une routine. Ils y vont régulièrement pour faire des examens et le plein de médicaments, se plaindre d’une douleur inhabituelle ou d’un effet secondaire. Ceux qui sont là pour la première fois font un test de dépistage et, chaque semaine, le centre enregistre 4 à 5 nouveaux séropositifs.

Une pharmacie 100 % gratuite

Les patients ont l’air rassurés. Ils savent qu’ici, ils seront traités comme des rois. Les locaux sont propres et assez spacieux pour accueillir une centaine de personnes par jour. Et les portes sont numérotées pour leur indiquer la marche à suivre, du coordinateur qui les accueille au pharmacien qui leur procure les traitements. Ces médicaments génériques, tous issus de laboratoires indiens, sont distribués gratuitement dans les 239 centres ART ouverts progressivement à travers le pays depuis 2004. Destiné à tous les malades du sida, ce programme mené par NACO bénéficie aujourd’hui à 295 000 d’entre eux. L’écart avec les 2,4 millions de séropositifs indiens, selon une estimation de l’ONUSIDA, est encore gigantesque, mais les progrès sont considérables : plus de 20 % de soignés supplémentaires depuis 2007.

Les traitements les plus innovants y sont disponibles, comme le tout dernier Fasteravir 3 de Veritaz, un produit amélioré qui propose trois traitements en un seul médicament, dont le prix atteint 47 euros sur le marché. Mais ce dispositif risque malheureusement d’être remis en cause par l’accord de libre-échange entre l’Inde et l’Union Européenne, qui prévoit d’interdire aux laboratoires indiens de modifier des médicaments dont le modèle est d’origine européenne.

Un conseiller dévoué

« Je suis vraiment heureux de ce que mon pays a fait pour ses séropositifs », lance Narender Tandon, coordinateur du centre et lui-même malade depuis treize ans. Avant, j’étais obligé de demander à mes parents de m’aider à payer mon traitement, qui coûtait 12 000 roupies par mois (190 euros). C’était ingérable. » Ce quinquagénaire, qui a milité au sein de plusieurs ONG, dont la Croix Rouge Internationale, vit aujourd’hui sa maladie avec sérénité. Malgré ses joues creusées, il se dit plein d’espoir et jure que son corps a presque vaincu le virus. « On m’a dit il y a déjà des années que je n’avais plus que quelques jours à vivre. Or je suis encore là aujourd’hui et je vais très bien grâce à la trithérapie. C’est pour ça que je me suis donné pour mission de soutenir les malades dans leur combat contre le VIH. »

Narender Tandon, le coordinateur de ce centre ART, est séropositif lui aussi. (Marie-Pia RIEUBLANC)

Prenant son métier très à cœur, l’homme ne se contente pas de donner des informations pratiques à ses patients. Il leur accorde parfois des entretiens personnalisés dans une chambre privée située au fond de la pièce, où ils reçoivent des conseils – quand ce ne sont pas des sermons. « Je leur apprends par exemple à gérer leur vie de couple, raconte M. Tandon. Quand certains ne suivent pas correctement leur traitement, je n’hésite pas à les engueuler. Et quand ils veulent tout arrêter, je ne les laisse pas sortir d’ici tant qu’ils ne m’ont pas juré qu’ils allaient continuer à se battre. »

Heureux de voir leur état s’améliorer

L’engagement de M. Tandon lui vaut la reconnaissance de ses patients. Comme Sima, une malade d’une quarantaine d’années, venue faire un test de routine : « Je l’avais contacté quand il militait dans une ONG indienne et c’est lui qui m’a dirigée vers ce centre. » Employée dans une usine, elle n’aurait pas les moyens de se soigner elle-même. « Je suis très satisfaite du traitement que je reçois ici. Le seul problème, c’est que le centre est à une heure de chez moi… », confie-t-elle. Un problème récurrent, NACO ayant le plus grand mal à assurer la couverture de l’intégralité du gigantesque territoire national. Sans compter les difficultés à suivre les populations migrantes et celles qui ne sont tout simplement pas au courant du programme gouvernemental.

Après Sima, c’est au tour de Sonu de déposer son dossier sur le bureau de M. Tandon. Ce jeune homme de 30 ans est venu chercher ses médicaments avec sa femme et son fils. « Je me suis fait dépister ici il y trois ans. Je ne suis pas encore guéri mais je sens mon état s’améliorer petit à petit », raconte Sonu. Avant de repartir avec un sac plastique rempli de génériques.

Marie-Pia RIEUBLANC

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