En file indienne dans la vieille ville

Les ruelles d’Old Delhi fourmillent de touristes. Un nid à arnaques les attend derrière certaines devantures alléchantes. Mais parfois, il faut savoir baisser sa garde.

Une des entrées vers les ruelles inextricables d'Old Delhi. (Bénédicte ROBIN)

Govindan nous harponne dès la sortie du rickshaw. Polo marine et moustaches affûtées, il nous fait une petite révérence et nous lance : « I’m your guide, s’il vous plaît, s’il vous plaît. » Sac à dos et visage pâle, on nous repère de loin. Ce qui a attiré l’attention de Govindan, ce n’est pas notre attirail d’Occidentales mais notre accent. Il nous dit avoir un ami à Lyon – et le prouve en articulant quelques mots en français. Pour lui, c’est un honneur de nous montrer le chemin. Et visiblement, on n’a pas trop le choix.

« I don’t want any money, I just like chocolate », précise-t-il (« Je ne veux pas d’argent, je n’aime que le chocolat »). Amusées, on se lance des regards circonspects. On nous l’avait jamais faite, celle-là ! Govindan est un marrant et, en plus, il donne des conseils. Sans broncher, on plaque nos sacs à dos sur notre ventre. En rang d’oignon, on trottine derrière le petit homme. Lorsqu’on quitte la rue principale, c’est le bordel : des ruelles étroites et bondées, une myriade d’échoppes clinquantes, une circulation sans queue ni tête. Le pas prudent, la main plaquée sur le sac, on serpente derrière Govindan, qui veut à tout prix nous faire visiter. Dans Old Delhi, mieux vaut ne pas être cardiaque. Les rickshaw foncent à toute berzingue, les commerçants trimballent des brouettes branlantes et les passants jouent des coudes.

« I’m your friend, I’m not your enemy, répète en boucle Govindan, you are so lucky to meet me. » (« Je suis votre ami, pas votre ennemi, vous avez de la chance de m’avoir rencontré. ») Et, pour le coup, on commence à le croire. Car, au-dessus de nos têtes, ça commence à s’agiter. Des dizaines de singes crapahutent le long des câbles électriques et bondissent entre les échoppes. Ils n’ont pas l’air commodes, alors on garde le cap et on marche droit.

Cigarettes russes

Govindan ne nous lâche pas d’une semelle. Pire, il marche devant et on ne sait pas comment s’en dépêtrer. Il nous traîne dans des boutiques de bijoux, de tissu, de babioles. « Ce sont les meilleurs prix, je ne veux pas que vous vous fassiez arnaquez, s’il vous plaît, s’il vous plaît… », insiste-t-il. On ne sait pas pourquoi mais là, on a du mal à le croire.

Mookesh et Rajo marchandent leurs plumes de paon. (Bénédicte ROBIN)

Dans une petite cour à l’écart du boucan, on tombe sur Mookesh, un gamin qui vend des plumes de paon. On ne parle pas l’hindi, il ne parle pas l’anglais, alors on échange des gestes et des sourires. Rajo, un grand maigre qui l’ accompagne, est plus entreprenant. Avant même de savoir nos prénoms, il veut nos numéros de téléphone. Il nous croit Russes, nous dévisage sans pudeur, et ose même nous demander une cigarette. A l’entrée du passage où l’on s’est engouffrées, un groupe d’hommes s’est formé. Face à un pan de mur sale, ils font la queue pour uriner et, en attendant leur tour, ils nous examinent sous toutes les coutures.

Paranoïaques de l’arnaque

Lorsqu’on regagne l’artère principale, le tourbillon reprend. Govindan presse le pas. Il a plein de choses à nous montrer. Cela fait plus d’une heure qu’on zigzague derrière lui – et on commence à en avoir marre. On se concerte. D’un côté, Govindan est sympathique : il s’est improvisé guide sans rien demander d’autre que du chocolat. D’un autre, Old Delhi est l’arène de l’arnaque et on a l’impression que Govindan veut nous pigeonner. Un peu embarrassées, on tape sur l’épaule du petit homme pour qu’il s’arrête et on prend congé. Sans demander son reste, il nous indique le chemin pour rentrer et s’éloigne, penaud.

En partant, on se prend deux projectiles en pleine figure : des ballons gonflés d’eau qui éclaboussent nos vêtements. On croit d’abord à une blague des singes – puis on apprend que c’est une tradition indienne en prévision d’ »Holi », l’annuelle fête des couleurs, qui aura lieu le dimanche 20 mars. Ca nous apprendra à nous méfier de l’hospitalité des Indiens.

Juliette DROZ (avec Johanne BURGELL et Bénédicte ROBIN)

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