« Il n’y a pas de course à l’armement »

L’Inde possède l’une des plus grandes armées au monde mais son industrie nationale a du mal à répondre à ses besoins en armement. Le pays est aujourd’hui le premier importateur mondial d’armes, avec 70 % d’équipements militaires achetés à l’étranger.

L'armée indienne, invitée d'honneur lors du défilé du 14 juillet 2009 à Paris. (Escalepade / Flickr)

L’Inde est devenue le plus gros importateur d’armes dans le monde devant la Chine, révèle des données publiées par l’ »Institut international de recherche pour la paix » de Stockholm, lundi 14 mars. Depuis le conflit de Kargil, qui l’opposa au Pakistan en 1999, le pays a signé pour près de 36 milliards d’euros de contrats militaires. Avec un budget de défense en hausse constante : 26 milliards d’euros rien que pour l’exercice 2011-2012, soit 11% de plus que l’année précédente.

Plusieurs contrats juteux sont d’ailleurs à l’étude ou sur le point d’être signés. « L’Inde préfère importer ses armes car c’est plus rentable et plus efficace. Les appareils sont livrés à temps, alors qu’il nous faudrait au moins trente ans pour développer un prototype », explique Venkatshamy Krishnappa, chercheur à l’Institut d’études de défense et d’analyses, un think-tank basé à New Delhi.

Vers une course à l’armement en Asie du Sud ?

Des négociations commerciales devraient commencer dans les semaines à venir avec six avionneurs étrangers, dont le Français Dassault et son Rafale, afin d’acquérir 126 avions de combat, pour un montant supérieur à 7,4 milliards d’euros. Il est prévu qu’une centaine d’appareils soit assemblée localement, l’Inde réclamant des transferts de technologie en échange de ce contrat exceptionnel.

En important massivement des armes, l’Inde, qui ambitionne de devenir un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, cherche à asseoir son influence dans la région, régulièrement contestée par  le Pakistan et la Chine. Selon Siemon Wezeman du Programme de recherche sur les transferts d’armes du SIPRI, ces rivalités sont les « facteurs les plus couramment cités ».« Mais il n’y a pas de course effrénée ni agressive à l’armement, relativise Venkatshamy Krishnappa. Ni avec la Chine, qui est son premier partenaire économique, ni avec le Pakistan. Le gouvernement investit de façon modeste, raisonnable dans une optique de dissuasion. Le principal danger pour l’Inde, c’est l’Inde elle-même, la pauvreté et ses problèmes de sécurité intérieure. »

Dans l’armée de l’air, la moitié des équipements est obsolète

Si l’Inde multiplie les commandes, c’est en réalité parce qu’elle n’a d’autre choix que de remplacer un matériel jugé dépassé, voire défectueux. « La modernisation de l’armée indienne entamée depuis le début des années 2000 est loin d’être finie, estime Venkatshamy Krishnappa. La priorité est le renouvellement de l’équipement. »

Importées à 82 % de Russie, certaines armes datent de l’Empire soviétique. Dans l’Indian Air Force, les accidents à l’entraînement avec le MiG-2 sont si nombreux que les médias locaux ont surnommé cet avion de combat d’origine russe « le cercueuil volant »… Fin 2010, le chef des forces aériennes reconnaissait ainsi lui-même que la moitié des équipements était « obsolète ». Un « détail » plutôt embarrassant quand on se revendique comme l’une des plus importantes armées au monde.

Marianne DARDARD

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