« Je suis un businessman vagabond »

Surnommé « le maharajah français », Francis Wacziarg incarne la France en Inde depuis 40 ans. Parti de rien, cet homme d’affaire de 69 ans s’est construit un empire financier, sans jamais oublier sa passion pour l’art et la culture. Il nous raconte sa «success story » à l’indienne.

Francis Wacziarg le résident français le plus célèbre d'Inde.

Comment avez-vous pris la décision de vous installer en Inde ?

Je suis arrivé en Inde en 1969. Au départ, je venais simplement pour découvrir le pays. Mais très vite, j’ai décidé de m’y installer définitivement. Pour moi, l’Inde a été une révélation. Presque une évidence.

Vous êtes né sur un bateau, un soir de tempête. Pensez-vous que vous étiez prédestiné au voyage ?

En 1942, ma famille, de confession juive a dû fuir Paris. Ils ont embarqué pour la Havane sur un bateau portugais. Je suis né en mer et mes parents  mon prénommé Francis en hommage au pays qu’ils ne pensaient plus jamais revoir. D’une certaine manière, j’étais vagabond avant ma naissance et je le suis resté toute ma vie. Par ailleurs mon père est d’origine polonaise et ma mère est turque. Enfin, j’ai passé une grande partie de mon enfance au Maroc. Toute ses influences m’ont sans doute incité à sillonner le monde.

« J’étais surtout attiré par l’ébullition culturelle »

Lorsque vous êtes arrivé en Inde, avez-vous pressenti l’essor du pays ?

J’ai tout de suite senti que ça allait décoller. En 1969, nous étions seulement une génération après l’indépendance. C’était très différent d’aujourd’hui :  l’Inde était loin d’avoir commencé son développement. Tout était à faire. Mais, je n’avais pas forcément l’intention de me lancer dans les affaires.  J’étais surtout attiré par l’ébullition culturelle. J’étais passionné par le cinéma indien. J’ai participé au premier festival du film indien de Paris en 1972. J’ai même rédigé des sous-titres pour certaines œuvres.

Vous êtes incontestablement l’homme d’affaire qui a le mieux réussi en Inde. Comment expliquez vous ce succès ?

A l’époque ou je suis arrivé en Inde, les occidentaux étaient très peu nombreux. Les chose se sont enchaînées naturellement. J’ai multiplié les missions, notamment pour la BNP dont j’ai été le représentant à Delhi. En 1979, j’ai décidé de voler de mes propres ailes en créant mon bureau d’achat. Aujourd’hui j’emploie près de 250 personnes dans cette activité ; j’ai des bureaux à Delhi, Bombay et Bangalore. En parallèle, j’aide également de grands groupes comme Lacoste à s’implanter en Inde. Mais pour moi, les affaires ne sont pas une finalité. Elles me permettent surtout d’investir dans ma passion pour l’art. En 2005, j’ai créé une fondation pour promouvoir l’opéra occidental en Inde. Je veux participer au développement économique du pays, mais aussi à son développement culturel.

« Avec le Neemrana, je voulais m’impliquer dans la conservation du patrimoine indien »

Vous vous êtes également lancé dans l’hôtellerie de luxe…

En 1986, avec un ami indien, également passionné d’art, nous sommes tombés sur les ruines d’un monumental château dans le Rajasthan. Nous l’avons acheté pour 12 500 euros et nous nous sommes lancés dans sa restauration.  Après six ans de travaux notre « bébé » était né : le « Neemrana fort palace », un hôtel de 60 chambres. Le Neemrana est devenu une marque. Nous possédons désormais 15 établissements du même type et un nouveau projet est en construction à Tijara. Mais encore une fois, notre but n’était pas uniquement commercial. Nous voulions nous impliquer dans la conservation du patrimoine indien. Je suis très attaché à ce pays. C’est pourquoi j’ai tenu à acquérir la nationalité indienne. Je me suis fait naturaliser en 1990.

Vous incarnez la France en Inde depuis quarante ans… au point de passer pour un ambassadeur de notre pays à New Delhi! N’est-ce pas un peu gênant ?

Je suis assez connu parce que je suis là depuis longtemps. Mais il ne faut pas confondre les rôles. Je m’implique sur le plan économique et culturel, mais je refuse de jouer tout rôle diplomatique ou politique. D’autant plus que j’ai beaucoup de respect pour l’ambassadeur avec lequel je m’entends très bien.

Comment jonglez-vous avec toute vos activités ? Vous avez la réputation d’être un homme pressé…

Oui justement, je dois vous laisser, je suis en déplacement toute la journée. Bon retour en France!

Alexandre DEVECCHIO

Neemrana ou les mille et une nuit du « maharajah français »

A une centaine de kilomètres de New Delhi, Neemrana ouvre la porte du Rajasthan. Princes, guerres, mariages sultanesques. La région des mille et une nuits était le lieu idéal pour le rêve un peu fou du Français Francis Wacziarg, il y a vingt ans : rénover un fort en ruine du XVe siècle pour en faire un hôtel de luxe. Le faste de l’endroit tranche avec la simplicité du village. Un mirage dans ce paisible coin de terre, où la vie semble s’être figée dans une autre époque.

Agathe LAMBRET

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