« Le football indien n’a aucun moyen pour se développer »

Arrivé en Inde au début des années 1990, Bill Adams a fondé en 1998 à New Delhi la Super Soccer Academy, une fondation qui regroupe aujourd’hui plus de 800 enfants, âgés de 5 à 17 ans. Déterminé à développer le football en Inde, il ne cache pas son pessimisme quant à l’avenir du ballon rond dans le pays.

Depuis 1998, Bill Adams encadre les futurs pros du football indien (DR)


« Bill Adams, comment vous est venue l’idée de fonder la Super Soccer Academy?

Quand je me suis installé à New Delhi en 1992, j’ai inscrit mon fils dans l’équipe de foot du quartier. Plusieurs mois après, j’étais consterné par le faible niveau des éducateurs. Les jeunes ne prenaient aucun plaisir et ne progressaient pas. Avec ma petite expérience d’entraîneur (il a dirigé plusieurs équipes de jeunes à Leeds), j’ai décidé de reprendre en main l’équipe. Les résultats se sont vite faits sentir. J’ai commencé avec neuf garçons, puis on a rapidement atteint la centaine d’inscrits dans le club. Du coup, j’ai crée ma propre académie en 1998.
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Et aujourd’hui, où en êtes-vous?
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Je m’occupe désormais de 800 enfants, dont 200 viennent des quartiers les plus pauvres de la ville. Grâce aux dons de certains membres de la fondation, ils n’ont pas à payer les frais d’inscription et peuvent vivre leur passion tout au long de l’année. En parallèle, j’ai formé huit entraîneurs pour s’occuper des enfants à plein temps.

Les jeunes apprennent les rudiments du football (DR)

Parmi tous ces joueurs, certains ont-ils trouvé une voie dans le football?
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Oui. Tous les ans, des joueurs sont repérés par des clubs indiens et les rejoignent à l’issue de leur formation. Par exemple, en 2010, trois de nos joueurs ont signé un contrat pro et six ont joué pour les équipes nationales de jeunes. C’est d’autant plus un succès pour eux qu’au départ, leurs familles, issues de milieux modestes, refusent de laisser leurs enfants se tourner vers le foot car ils n’y voient pas d’avenir.
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Comment expliquez-vous cette défiance envers le sport de haut niveau?

Pour les familles les plus défavorisées, le sport de haut niveau parait inaccessible. Les parents préfèrent garder leur enfant, leur trouver un petit travail pour qu’ils ramènent de l’argent. Ils voient le sport, et le football en particulier, comme un loisir. C’est un travail de tous les jours de les convaincre de nous faire confiance.
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Et puis, en Inde, le football n’attire pas les foules…

C’est de moins en moins vrai. Certes, le cricket écrase tout. Mais, derrière, le football occupe une place de plus en plus importante, comme le prouve le succès de la Super Soccer Academy. Malheureusement, le football indien n’a aucun moyen pour se développer, il ne survit que grâce à différentes initiatives privées.
«La fédération indienne doit s’éloigner de toute interférence politique et économique»
Mais que fait la Fédération indienne?

Elle a malheureusement une marge d’action très étroite. Tout d’abord, son conseil d’administration est contrôlé par les plus grands clubs du pays qui  font tout pour maintenir le statu quo. A côté de ça, l’administration de la Fédération est incompétente, ne serait-ce que pour trouver des fonds et construire des terrains. Enfin, pour ne rien arranger, certains dirigeants sont corrompus et détournent les maigres fonds alloués au football.
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A vous écouter, l’avenir ne s’annonce pas radieux…

En termes de popularité, l’avenir est prometteur. Mais cela doit être accompagné d’une véritable politique d’expansion, surtout dans le monde amateur. Il est donc indispensable que la fédération travaille librement, et s’éloigne de toute interférence politique et économique. Dans le même temps, les clubs professionnels doivent créer leur propre organisation, comme cela se fait dans tous les pays européens.  Une fois dépolitisées et professionnalisées ces instances pourront lancer une campagne de recrutement dans les écoles. Il faut également mette en place des systèmes de formation d’éducateurs. Le chemin est encore long, mais quand les bonnes décisions seront prises, l’Inde pourra progresser et enfin intégrer le top 100 mondial. »
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Propos recueillis par Romain BERGOGNE
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