L’Inde, nouvelle terre promise de la jeunesse israélienne

Après trois années de service militaire pour les hommes et deux pour les femmes, des milliers d’Israéliens partent en quète d’évasion. L’Inde est leur destination favorite.

A Pahar Gang, les enseignes en hebreu sont nombreuses (Lionel JAOUI)

Des écriteaux en hébreu, des restaurants proposant felafel et humous. Nous ne sommes pourtant ni à Tel-Aviv, ni à Jérusalem, mais bien à Pahar Ganj, en plein coeur de New Delhi. Depuis une quinzaine d’années, l’Inde est devenu le lieu de villégiature préféré de nombreux jeunes israéliens. Ils ne s’arrêtent que quelques jours dans la capitale, avant de s’envoler vers d’autres cités indiennes, Goa, Pushkar et Bombay en tête.

Au bout d’une ruelle de Main Bazar, l’artère commerçante de Pahar Ganj, se tient la Chabad House. L’établissement est gardé par deux policiers, comme pour rappeler que des membres de la communauté juive avaient été visés par les attentats de Bombay en 2008. Appartenant au mouvement orthodoxe, le centre offre des repas casher aux nombreux touristes en transit en provenance de l’Etat Hébreu.

Etudiante en droit de 25 ans, Yaël se rend en Inde pour la deuxième fois. La première, c’était après son service militaire il y a quatre ans. Comme presque tous ses amis, elle avoue avoir cherché lors de ce voyage l’occasion « de se lâcher » après deux ans à servir son pays. « A l’armée, tout est strict et très réglementé. En opposition totale avec l’état d’esprit que l’on a ici .» Un point de vue que partage Yaron, arrivé dans la journée à Delhi avant de prendre le train pour Dharamsala. « L’Inde est un pays de spiritualité, de méditation. C’est difficile à expliquer, mais il y a quelque chose de différent dans l’air ».

Un voyage qui peut tourner au drame

Le jeune homme de 22 ans coiffé de dreadlocks et portant un t-shirt sans manche crasseux termine tout juste ses trois années de service militaire. Il admet aussi que d’autres facteurs rentrent en compte : « Quand on sort de Tsahal, nous n’avons pas beaucoup d’argent et l’Inde est une destination économique. En plus ce n’est pas très loin de chez nous et ici, les gens sont ouverts et se fichent de notre religion. »

Les Indiens l’ont bien compris. Si l’attitude très « occidentale et sans gène » de ces voyageurs laisse certains autochtones perplexes, comme l’explique un restaurateur du quartier, plusieurs d’entre eux ont fait le choix de surfer sur cette vague israélienne. Certains commerçants ont ainsi fait l’effort d’apprendre quelques mots en hébreu et sont capables de convertir le prix de leurs articles en shekel, la devise israélienne. A Pushkar, ville du Rajasthan à 400 kilomètres de Delhi, la fête religieuse de Pourim sera même célébrée dans les rues.

Mais loin de chez eux, ces jeunes adultes qui ont sans doute grandi trop vite ne se fixent pas de limite. Une liberté totale qui les pousse à tous les excès. Alcool et drogue sont ainsi le quotidien d’une majeure partie des 35 000 Israéliens qui voyagent chaque année à travers l’Inde. «Il est évident que beaucoup d’entre nous viennent ici simplement pour enchaîner les shiloms, » assure Yaël. Si, pour la majeure partie de ces visiteurs, ces séjours se passent sans encombre, certains font connaissance de la pire des manières avec la justice indienne. Deux Israéliens sont incarcérés depuis quelques mois dans une prison de Delhi. Arrêtés en possession de plusieurs kilos de cannabis, ils sont toujours en attente de leur jugement.

Lionel JAOUI

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