Salon de thé cosmopolite chez le Dalaï Lama

Les 14 et 15 mars, le Dalaï-lama tenait séance dans sa ville, Dharamsala, au nord de l’Inde. Un évènement qui rassemble toujours des milliers de pèlerins venus des quatre coins du monde.


Un coussin, une radio, une tasse. Voici le kit  de survie pour assister aux leçons du dalaï lama dans son temple de Dharamsala, perché sur les contreforts de l’Himalaya, au nord de l’Inde.

Aux premières lueurs du jour, une foule compacte et chaotique se presse déjà à l’entrée du temple Tsuglagkhang, qui abrite la résidence de « Sa Sainteté ». Pourtant, une fois à l’intérieur du bâtiment, tout est parfaitement ordonné. D’un côté, la file de droite, réservée aux moines et nonnes bouddhistes. Parsemée de robes ocres, voire oranges pour les moines thaïlandais ou encore grises pour les moines coréens, elle contraste avec celle de gauche, où les touristes forment un patchwork bigarré de dreadlocks blondes, de shorts et de saris multicolores. Les civils tibétains entrent, eux, par une petite porte à l’extérieur du bâtiment.

L’ambiance « peace and love » du lieu dénote avec les portiques de sécurité et la fouille méticuleuse qui s’ensuit. Plusieurs visiteurs doivent d’ailleurs rebrousser chemin, à cause d’un appareil photo ou d’un téléphone oublié dans la poche. Des caméras de surveillance sont installées à côté des drapeaux de prière.

Une fois passé ce checkpoint, tout le monde se mélange dans un joyeux brouhaha. Les plus avisés rejoignent le coussin qu’ils avaient soigneusement réservé la veille, au premier étage, autour de la salle centrale. C’est là que « Sa Sainteté » devra prononcer son discours annuel pendant deux jours. Les autres s’installent au rez-de-chaussée, dans le jardin qui entoure la sa résidence. Une jeune punk venue des Etats-Unis « par curiosité » s’accroupit à côté d’un moine tibétain dont la tête se balance d’avant en arrière au rythme des mantras. Les radios grésillent, chacun cherche à capter les traductions en direct du discours, en russe, en anglais, en thaï, ou encore en espagnol.

« Il resplendit ! »

Soudain, des voix graves s’élèvent pour annoncer l’arrivée du dalaï lama. Un silence assourdissant s’abat alors sur les milliers de pèlerins. Arja, une jeune Finlandaise initiée au bouddhisme depuis peu égrène frénétiquement son mala (collier de prière). « Je suis tellement contente ! », chuchote-t-elle, la voix pleine d’excitation. On retient son souffle, les cous se tendent pour tenter d’apercevoir le grand homme. Lorsqu’il arrive enfin, entouré par dix gardes du corps et enveloppé d’un halo d’encens, un frisson parcourt la foule. Les yeux brillent, les bouches sont entrouvertes, les mains, jointes, les dos, légèrement courbés. « Il resplendit! », murmure-t-on à son passage. Les vieilles Tibétaines aux longues tresses mêlées de rubans multiplient leurs mantras, les larmes aux yeux.

L’enseignement dure une heure et demie. Au rez-de-chaussée, un groupe de personnes âgées s’agglutine autour de l’écran géant qui retransmet son discours. Pendant les intermèdes, les moines et nonnes du temple distribuent du pain et du thé au beurre de yack. Un Tibétain au chapeau de cow-boy s’amuse à lancer les pains ronds, dont certains atterrissent sur la tête de pèlerins hilares. Les odeurs de nourriture, d’encens et de sueur se mêlent à ce semblant d’agitation, mais malgré tout, la foule écoute religieusement la leçon de Sa Sainteté qui reprend sur « les quatre nobles vérités ». Le dalaï lama entrecoupe ses paroles de petits rires joyeux, repris en chœur par la foule, ravie. Malgré le sérieux du propos, l’ambiance reste décontractée. Comme toujours avec Tenzin Gyatso, le quatorzième dalaï lama, qui ponctue d’ailleurs sa dernière phrase d’un « C’est l’heure du déjeuner ! » rieur. Lorsqu’il sort du sanctuaire, un petit garçon tente de l’approcher, avant d’être violemment repoussé par un des gardes.

A la sortie du temple, Namkheen, 23 ans, collier à l’effigie de Bouddha autour du cou, a la chair de poule. « Quel bonheur ! Quand j’étais au Tibet, je ne pouvais pas le voir, et ça me manquait terriblement », dit-il, la voix empreinte d’émotion. Pour Lobsang Choephel, un jeune moine de 27 ans, la récente annonce de Tenzin Gyatso sur son retrait de la vie politique est source d’espoir. « Il aura plus de temps pour les leçons religieuses ! », se réjouit-il.

« C’est notre leader, pour toujours » confie Cookie, une jeune Thaïlandaise tout aussi enthousiaste. Le dalaï lama a beau avoir insisté lors de sa leçon sur les dangers de la dépendance, et sur le fait qu’il n’existe pas de relation maître-serviteur, les milliers de personnes pendues à ses lèvres ne semblent pas avoir bien saisi le sens de ses paroles…

Hélène RENAUX

(Crédit photo : H.R)

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