Sarah Palin s’adresse à l’Amérique… de New Delhi

Invitée par le magazine India Today, Sarah Palin prononcera samedi 19 mars un discours sur sa « Vision de l’Amérique », au Taj Palace Hotel de New Delhi. Opération séduction pour la candidate potentielle du Tea Party à la présidentielle de 2012, avant tout destinée à ses compatriotes. Côté indien ? Sarah Palin incarne surtout le clown des shows télévisés américains.

Sarah Palin donnera sa vision de l'Amérique samedi 19 mars. A New Delhi! (DR)

« Sarah quoi ? Ah oui, la fille qui voyait la Russie de chez elle, en Alaska ! » Voilà tout ce qu’inspire l’ancienne porte-parole de John McCain aux Indiens. Celle qui ne quitte le sol américain que très rarement ne suscite pas vraiment l’enthousiasme du peuple indien. Même les grands quotidiens de la capitale ne semblent pas sur le qui-vive pour l’accueillir. « Tout dépendra de l’actualité internationale de ce week-end, mais tout ce que je peux vous dire, c’est que si la visite de Sarah Palin n’est pas traitée, ça ne fera pas une crise au journal », explique Varghese K. George, chef du bureau politique de l’Hindustan Times. Même réponse du côté de Mint : « Pour Hillary Clinton, je me serais déplacée, mais pour Sarah Palin, franchement… », avoue la journaliste Liz Matthew.

En Inde, la reine du très conservateur Tea Party n’est pas maîtresse en son royaume. Celle qui a quitté son poste de gouverneur de l’Alaska en juillet 2009 est en effet plus connue pour ses bourdes médiatiques que pour son action politique. Ces derniers temps, elle remplit parfois les pages people des tabloïds et alimente les bêtisiers sur Facebook ou Twitter, mais rien de plus.

Moquée par les médias

Sarah Palin semble donc loin d’égaler Barack Obama dans le cœur des Indiens, qui ont érigé le président des Etats-Unis, depuis sa visite en novembre dernier, en symbole de la lutte pour les droits de l’homme. « Obama est pris très au sérieux ici, il a réussi à faire passer la réforme de la santé et se bat quotidiennement pour améliorer la place des minorités dans son pays. Ce sont des sujets auxquels les Indiens sont très sensibles », explique Madhu Goud Yaskhi, membre du Parlement indien. Moins charismatique que « Barack », moins connue qu’ « Hillary », Sarah Palin nage entre deux eaux dans l’esprit des Indiens. « Elle joue sur le côté glamour mais aussi sur le côté sérieux d’une politique. Il va falloir qu’elle choisisse. Un politicien ne peut pas jouer la comédie », lance Liz Matthew. Très tranché, l’avis des médias delhiites ne représente pas non plus l’avis général.

« Il y a une fracture entre le « public indien » et l’élite dans leur vision des choses », raconte Varghese K. George. Et pour cause, le colloque annuel de l’India Today rassemble tous les magnats du secteur privé mondial. Si le Dalaï-Lama, Colin Powell ou encore Nelson Mandela en ont déjà été les invités d’honneur, cette année, c’est le Premier ministre indien, Manmohan Singh, qui prononcera le discours d’ouverture. A côté des « grands de ce monde », celle qui n’a fait que 31 mois en tant que gouverneur fait figure de parent pauvre.

« Ignorante en politique étrangère »

La réponse se trouve dans les journaux américains, qui la voient déjà en route pour sa campagne. « L’India Today l’a invitée parce qu’elle se présentera très certainement en 2012 », explique Brahma Chellaney, spécialiste des relations indo-américaines. Et Sarah Palin sera la première à y trouver son compte. « Dans sa dernière campagne, elle a prouvé qu’elle était ignorante en politique étrangère. C’est un moyen pour elle de redorer son image dans ce domaine. »

Et la destination de l’Inde n’a pas été choisie au hasard par la leader du Tea Party. Alors qu’Obama avait visité trois pays lorsqu’il s’est rendu en Asie, Sarah Palin, en choisissant l’Inde comme unique destination asiatique, entend confirmer son amitié pour l’Inde. Anti-communiste et voyant d’un mauvais œil la montée en puissance de la Chine, elle s’inscrit dans la mouvance républicaine, qui a toujours entretenu des meilleurs relations avec le gouvernement indien que les démocrates, notamment sur les questions du Cashmere et du Pakistan. « Si elle met suffisamment en avant sa politique, elle pourrait même trouver grâce auprès du peuple indien. »

Virginie RAMEL et Célia LEBUR

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