Sarojini, 8 ans : « Je veux être docteur »

Les enfants du bidonville de l’Université Jawaharlal Nehru de Delhi n’ont pas l’âge d’aller à la fac mais ont la chance d’aller à l’école, grâce au travail d’une association.

Sarojini (à droite) entourée d'enfants du village. (Jean-Charles GUICHARD)

Entre les amphis et les dortoirs, un petit village vit au rythme du chantier. Les ouvriers qui construisent la future résidence étudiante du campus vivent à deux pas de leur travail. Sous quelques tôles surmontées de briques rouges ou dans des cabanes en dur pour les plus chanceux. Un ballet incessant rythme leurs journées : les femmes transportent les outils des hommes qui travaillent sur les échafaudages, d’un endroit à un autre. Ces travailleurs migrants viennent de l’Orissa, région côtière de l’Est indien. Leur salaire avoisine les 150 rupees (2,5€) par jour.

A défaut d'avoir des bras musclés, les femmes portent les outils sur leurs têtes. Ici, après une journée de travail. (Jean-Charles GUICHARD)

L’après-midi, en attendant le retour des parents, les enfants jouent. Sarojini a 8 ans. Pieds nus, dans ses habits colorés, elle court dans les allées ocrées de son bidonville avec ses amis. Leur chahut insouciant ferait presque oublier les conditions dans lesquelles vivent ces 45 bambins. Pas d’eau courante, pas de sanitaires, les conditions d’hygiène sont sommaires. L’accès au savoir et aux soins médicaux est tout récent pour eux.

Fondée en 2006 par quelques étudiants, l’association Abhigyan de Jawaharlal Nehru University aide ces enfants. « L’université ne voulait pas leur fournir de toilettes et leur défendait de venir au dispensaire », se souvient Eleonora Fanari, étudiante Italienne en master de sociologie à Delhi et membre active de l’association. De l’eau est amenée chaque jour au bidonville « pour qu’ils se lavent quotidiennement ». Sur le plan sanitaire,  « on fait venir un médecin tous les deux mois et les enfants sont vaccinés. En cas de problème urgent, on les accompagne au dispensaire afin qu’ils soient bien accueillis et soignés », explique l’étudiante de 24 ans.

La plupart de leurs parents sont analphabètes

Les petits des bidonvilles ne sont pas les bienvenus dans les écoles publiques. En 2009, Abhigyan a commencé à faire venir un instituteur là où habitent les enfants, chaque jour de la semaine sauf le week-end. Lecture, écriture et anglais sont les enseignements de base. Leurs parents, pour la plupart analphabètes, en sont ravis. « Ils sont souvent gênés, timides, ils ne savent pas comment nous remercier et nous sont très reconnaissants. » assure Eleonora.

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Les enfants en cours de danse. (Jean-Charles GUICHARD)

En plus des cours, des activités ludiques sont offertes non loin du bidonville. Le jeudi, c’est jour de danse. Filles et garçons, ils sont 15 à avoir fait le déplacement et répètent une chorégraphie qu’ils présenteront le lendemain devant leurs parents. Ils fredonnent une mélodie qu’ils connaissent par cœur, s’entraînent à saluer le public. Facilement distraits et chapardeurs, leur attention est difficile à conserver.

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Après la danse, Sarojini est épuisée mais toujours souriante. (Jean-Charles GUICHARD)

Sarojini a six grandes sœurs et un petit frère. Elle est la seule à venir au cours de danse. « J’adore ça », dit-elle, parée d’un sourire inextricable. « J’aime aussi étudier, ajoute-t-elle tout de go, je veux être institutrice, ou docteur ! ». Si certains espèrent que Sarojini échappera au destin qu’a connu sa mère, d’autres sont plus fatalistes, à l’image d’un collègue d’Eleonora. « Elle travaillera certainement dans les chantiers, ça se passe comme ça ici ».

Jean-Charles GUICHARD

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Portfolio. Sarojini, le chantier, le village, la danse.

Jean-Charles GUICHARD

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