To be or not to Bishnoï

Rajender Kumar Bishnoï fait partie de la communauté religieuse la plus écolo au monde. Pourtant, comme cents autres familles, il vit à New Delhi, soit un véritable jeu d’équilibriste pour concilier respect de la nature et urbanisme.

R.K. Bishnoï, un écolo urbain engagé. (HELENE RENAUX)

« Pour chaque arbre détruit, j’en replante cinq en zone rurale. » Assis devant son ordinateur, Rajender Kumar Bishnoï étudie un futur projet de centre commercial dans le sud de Delhi. Il est ingénieur des travaux pour DLF, la plus grosse boîte de construction du pays. Pour un Bishnoï, c’est presque un comble, quand on sait que les premières femmes de cette communauté s’étaient attachées à des arbres pour empêcher de les abattre, y laissant la vie. Pourtant, tel est le défi de cet écolo urbain : vivre sa religion dans une des villes les plus polluées du monde. Fier de son appartenance au Bishnoïsme, l’ingénieur insiste pour se faire appeler par ses initiales, mettant ainsi en valeur le nom de famille commun à tous les membres, Bishnoï.

Les femmes en période de menstruations exonérées des tâches domestiques

RK est l’un des rares Bishnoïs à avoir quitté son Rajasthan natal pour la grande ville. Sa communauté religieuse, végétarienne depuis 500 ans, suit 29 principes sacrés pour respecter à l’extrême toute forme de vie. Par exemple, ne pas tuer d’animaux, même les mouches. Elle rassemble un million d’adeptes dans le pays. Leur quotidien se mêle en harmonie avec celui des antilopes sauvages qui viennent paître en toute tranquillité près de leurs villages. Les Bishnoïs peuvent aller jusqu’à nourrir au sein les biches orphelines.

Mais Rajender est avant tout un pragmatique. « On ne peut jamais respecter à 100% les préceptes d’une religion, même quand on vit au village. » Dans le petit appartement de la banlieue sud où il vit seul avec sa femme, des lampes anti-moustiques sont installées dans les recoins. Quand il s’agit de sa femme, il se permet d’autres entorses à la règle. Pour les Bishnoïs, une femme en période de menstruations doit être écartée de la communauté et exonérée de toutes tâches domestiques. « Ici, il n’y a pas d’autres femmes pour faire la cuisine pendant cette période, alors ma femme reste aux fourneaux », raconte l’ingénieur avec un sourire gêné .

Pas de mariage mixte

R.K balaie d’un revers de main les principes archaïques. Certains membres de la communauté s’interdisent de porter du bleu pour protéger la fleur d’indigo « Ça n’a plus de sens aujourd’hui, les couleurs sont fabriquées chimiquement ! » Du coup, il entreprend de transmettre une vision plus rationnelle aux autres Indiens, en s’attaquant notamment aux nouveaux défis environnementaux. Avec un petit groupe de Bishnoïs, R.K parcourt New Delhi et ramasse les détritus. Il explique ensuite aux curieux, photos à l’appui, les dangers des sacs plastiques pour les vaches sacrées qui, en les ingérant, risquent de mourir.

Ce père de trois enfants a même créé un site internet expliquant l’essence de cette religion. 2000 membres y sont inscrits. R.K se défend donc becs et ongles pour sauvegarder à tout prix les valeurs Bishnoï. Il ne veut pas entendre parler de mariages mixtes. « Si mes fils ne se marient pas avec une Bishnoï, je les répudie, je ne les verrai plus, ils peuvent dire adieu à leur héritage . » Sa plus grande peur : un futur gendre ou une future belle-fille mangeuse de viande : « Ce sont des cannibales ! »

Par le biais encore une fois d’Internet, Rajender a créé un site de rencontres réservé aux Bishnoïs, bishnoisathi.com. 750 profils attendent de trouver leur âme sœur verte, aidés par le fondateur. « Je suis devenu un médiateur matrimonial. » Un conseiller financier cherchait une fille Bishnoï prête à venir vivre aux USA, et lettrée ; il lui a trouvé une ingénieure de Delhi, et ils se sont mariés là-bas. Il envisage même de créer une adresse mail « Spécial Bishnoï ».

Célia LEBUR et Hélène RENAUX

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