Inde-Pakistan : Jeux sur frontière près d’Amritsar

Un étrange cérémonial fait s’affronter chaque soir l’Inde et le Pakistan, à la frontière de Wagah Border. Indiens et Pakistanais viennent soutenir leur pays, dans une atmosphère plus sportive que belliqueuse.

Textes et photos : Kilian FICHOU et Martin GABRIELS, au Penjab

Dès 14h, une longue file de personnes s’agglutine devant l’entrée du poste frontière de Wagah Border. Chaque jour, ils sont près de 10000 à venir assister à la cérémonie de clôture de la frontière entre l’Inde et le Pakistan.

Wagah Border se trouve à une trentaine de kilomètres d’Amritsar, dans le nord-ouest de l’Inde, à un jet de pierre à peine de la frontière pakistanaise.

A 16h, les portes s’ouvrent. On se croirait à un concert : des centaines d’Indiens se ruent le long des barbelés, se précipitant pour accéder aux meilleures places dans les tribunes. « Il faut que tu participes, c’est une compétition ! », s’égosille un gamin hirsute, brandissant une poignée de drapeaux barrés de blanc, d’orange et de vert, les couleurs de l’Inde.

« C’est une sortie familiale, s’enthousiasme Mohinder Singh, venu avec femme, beaux-frères, neveux et enfants. C’est un peu comme aller à un match de cricket. » Mais lorsqu’on évoque les tensions entre les deux pays, Mohinder évite de répondre : « C’est une trop longue histoire. Nous ne sommes pas ici pour ça. Nous sommes ici pour nous amuser. »

17 h 30, les festivités commencent. Des jeunes filles font d’incessants allers et retours en brandissant le drapeau indien, sous les « hourras » de l’assemblée.

Dans les tribunes, les spectateurs reprennent en chœur les refrains des derniers tubes à la mode. Pour tout chant patriotique, ils entonnent « Jai ho », bande-originale du film « Slumdog Millionnaire ».

Avec une solennité théâtrale, les soldats indiens défilent au pas de course devant une foule en délire. Le torse bombé, l’allure martiale, ils lèvent haut la jambe à chaque foulée et claquent des talons.

« Hindustan ! » clament les spectateurs comme s’ils supportaient une équipe de football. « Pakistan ! » leur répond la foule massée de l’autre côté de la frontière. « Il n’est pas question d’une quelconque animosité, assure Vishal. C’est plutôt un jeu, à celui qui criera le plus fort. »

Côté pakistanais, les tribunes sont à moitié vides et séparent strictement hommes et femmes. La faute à une situation politique plus tendue dans le pays.

Au bout d’une cérémonie longue de trois quarts d’heure, les soldats indiens et pakistanais baissent leurs drapeaux respectifs, marquant la fin des festivités.

La frontière est désormais fermée pour la nuit. Toutefois, un bus a eu le temps de franchir discrètement la barrière vers le Pakistan avant qu’elle ne soit définitivement close, rappelant brièvement que l’endroit a tout de même une fonction officielle. C’est le seul point de passage routier entre les deux pays.


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