Delhi Planet http://www.delhiplanet.fr Le CFJ en Inde, l'info façon tandoori Thu, 16 May 2013 16:23:19 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.5.1 La cause des paysans indiens défendue à La Haye http://www.delhiplanet.fr/2011/03/28/la-cause-des-paysans-indiens-defendue-a-la-haye/ http://www.delhiplanet.fr/2011/03/28/la-cause-des-paysans-indiens-defendue-a-la-haye/#comments Mon, 28 Mar 2011 15:31:47 +0000 admin http://www.delhiplanet.fr/?p=3069 Palagummi Sainath, journaliste spécialisé dans les affaires rurales à The Hindu, était de passage à Paris fin mars pour présenter aux étudiants de Science-Po son film « Nero’s guests ». Ce documentaire sur la détresse de la condition paysanne en Inde est également projeté à La Haye (Pays-Bas) dans le cadre du festival « Movies that matter », organisé par Amnesty International jusqu’au 30 mars.

Devant les étudiants de Sciences-Po Paris à qui il présente son film fin mars, le journaliste P. Sainath dénonce les agissements du gouvernement indien envers les paysans. (Kilian FICHOU)

Ces dix dernières années, plus de 200 000 paysans se sont suicidés en Inde. Etouffés par les dettes, accablés par l’augmentation du coût de la vie, ils s’enfoncent de plus en plus dans une misère dont ils n’ont aucune chance de se dégager. En 2009, les chiffres officiels du Bureau national des statistiques criminelles faisaient état de 17 368 suicides chez les agriculteurs, le pire chiffre de la décennie. « C’est l’ultime recours qu’ils ont trouvé pour exprimer leur désespoir », constate sombrement P. Sainath. Depuis plus de vingt ans, celui qui se définit comme un « journaliste rural » arpente les Etats indiens les plus exposés au phénomène – Maharashtra, Karnataka, Andhra Pradesh, Madhya Pradesh et Chhattisgarhà la rencontre des petits exploitants.

Pour lui, la situation est de plus en plus critique dans les campagnes indiennes : « Un paysan qui emprunte de l’argent pour acheter un tracteur doit payer 12 % d’intérêts, là où un homme d’affaire s’offrant une Mercedes ne paiera que 7%. Avec des revenus en chute libre depuis des années, comment voulez-vous que les agriculteurs s’en sortent ? »

Une « culture de l’argent » qui pousse les agriculteurs au suicide

La faute aux grandes compagnies et au Fonds monétaire international (FMI), que le journaliste accuse d’avoir détruit le modèle agraire indien : « L’agriculture commerciale, qui cultive le café, le thé, ou encore la vanille, a supplanté l’agriculture nourricière. C’est elle qui affame l’Inde et pousse les paysans à s’endetter pour cultiver des semences censées rapporter plus d’argent. » Une « culture de l’argent » qui s’est avérée fatale pour bon nombre d’agriculteurs, et c’est parmi ces exploitants que l’on trouve le plus haut taux de suicide ces dernières années.

C’est ce grand désarroi du monde rural indien que P. Sainath tente de montrer dans son documentaire, « Nero’s guests ». Présenté au festival « Movies that matter » de La Haye, le film s’inscrit dans une sélection de dix œuvres mettant en avant le travail de défenseurs des droits de l’homme. Et tente au passage d’attirer l’attention sur un phénomène encore trop ignoré par les médias. « Entre 1991 et 2001, près de huit millions d’Indiens ont abandonné l’agriculture, souligne P. Sainath, soit 2 000 paysans par jour. Aujourd’hui, vous ne trouverez plus un seul jeune Indien prêt à reprendre l’exploitation de son père. On ne peut pas les blâmer : ils ont littéralement vu leurs parents se tuer à la tâche. »

« L’économie de marché a détruit le système agricole indien »

« J’ai rencontré plus de 800 familles touchées par un suicide, raconte le journaliste avec émotion. Aucune d’entres elles ne demande qu’on les prenne en pitié. Elles veulent simplement que le gouvernement reconnaisse leur situation, qu’il intervienne pour empêcher cette vague de suicide de continuer. » Mais P. Sainath n’a guère d’espoir de voir la situation s’améliorer rapidement. L’exode des paysans s’accélère, et la part de terres exploitées par les grandes entreprises ne cesse de croître, au détriment des fermes familiales. « L’économie de marché a détruit le système agricole indien et les décideurs restent sourds à la détresse du monde paysan. Le seul moyen qu’ils ont de changer les choses serait de se révolter et de faire tomber le gouvernement. Mais je crois bien que l’on assiste, en Inde comme en Europe, à la fin des petits exploitants agricoles. »

Kilian FICHOU

Le reste de la programmation du festival « Movie That Matter » sur http://www.moviesthatmatterfestival.nl/english_index


]]>
http://www.delhiplanet.fr/2011/03/28/la-cause-des-paysans-indiens-defendue-a-la-haye/feed/ 0
Inde-Pakistan : Jeux sur frontière près d’Amritsar http://www.delhiplanet.fr/2011/03/22/inde-pakistan-jeux-sur-frontiere-pres-damritsar/ http://www.delhiplanet.fr/2011/03/22/inde-pakistan-jeux-sur-frontiere-pres-damritsar/#comments Tue, 22 Mar 2011 15:15:45 +0000 admin http://www.delhiplanet.fr/?p=2715 Un étrange cérémonial fait s’affronter chaque soir l’Inde et le Pakistan, à la frontière de Wagah Border. Indiens et Pakistanais viennent soutenir leur pays, dans une atmosphère plus sportive que belliqueuse.

Textes et photos : Kilian FICHOU et Martin GABRIELS, au Penjab

Dès 14h, une longue file de personnes s’agglutine devant l’entrée du poste frontière de Wagah Border. Chaque jour, ils sont près de 10000 à venir assister à la cérémonie de clôture de la frontière entre l’Inde et le Pakistan.

Wagah Border se trouve à une trentaine de kilomètres d’Amritsar, dans le nord-ouest de l’Inde, à un jet de pierre à peine de la frontière pakistanaise.

A 16h, les portes s’ouvrent. On se croirait à un concert : des centaines d’Indiens se ruent le long des barbelés, se précipitant pour accéder aux meilleures places dans les tribunes. « Il faut que tu participes, c’est une compétition ! », s’égosille un gamin hirsute, brandissant une poignée de drapeaux barrés de blanc, d’orange et de vert, les couleurs de l’Inde.

« C’est une sortie familiale, s’enthousiasme Mohinder Singh, venu avec femme, beaux-frères, neveux et enfants. C’est un peu comme aller à un match de cricket. » Mais lorsqu’on évoque les tensions entre les deux pays, Mohinder évite de répondre : « C’est une trop longue histoire. Nous ne sommes pas ici pour ça. Nous sommes ici pour nous amuser. »

17 h 30, les festivités commencent. Des jeunes filles font d’incessants allers et retours en brandissant le drapeau indien, sous les « hourras » de l’assemblée.

Dans les tribunes, les spectateurs reprennent en chœur les refrains des derniers tubes à la mode. Pour tout chant patriotique, ils entonnent « Jai ho », bande-originale du film « Slumdog Millionnaire ».

Avec une solennité théâtrale, les soldats indiens défilent au pas de course devant une foule en délire. Le torse bombé, l’allure martiale, ils lèvent haut la jambe à chaque foulée et claquent des talons.

« Hindustan ! » clament les spectateurs comme s’ils supportaient une équipe de football. « Pakistan ! » leur répond la foule massée de l’autre côté de la frontière. « Il n’est pas question d’une quelconque animosité, assure Vishal. C’est plutôt un jeu, à celui qui criera le plus fort. »

Côté pakistanais, les tribunes sont à moitié vides et séparent strictement hommes et femmes. La faute à une situation politique plus tendue dans le pays.

Au bout d’une cérémonie longue de trois quarts d’heure, les soldats indiens et pakistanais baissent leurs drapeaux respectifs, marquant la fin des festivités.

La frontière est désormais fermée pour la nuit. Toutefois, un bus a eu le temps de franchir discrètement la barrière vers le Pakistan avant qu’elle ne soit définitivement close, rappelant brièvement que l’endroit a tout de même une fonction officielle. C’est le seul point de passage routier entre les deux pays.


]]>
http://www.delhiplanet.fr/2011/03/22/inde-pakistan-jeux-sur-frontiere-pres-damritsar/feed/ 2
A Amritsar, le Temple d’or abrite les restos du cœur sikhs http://www.delhiplanet.fr/2011/03/22/a-amritsar-le-temple-dor-abrite-les-restos-du-coeur-sikhs/ http://www.delhiplanet.fr/2011/03/22/a-amritsar-le-temple-dor-abrite-les-restos-du-coeur-sikhs/#comments Tue, 22 Mar 2011 15:06:14 +0000 admin http://www.delhiplanet.fr/?p=2527 Ce n’est pas qu’un lieu de culte ou de visite. Le temple doré des Sikhs offre aussi le couvert à ceux qui en ont besoin.

Le Temple d'Or des Sikhs, à Amritsar. (Martin GABRIELS)

Des bruits de casseroles assourdissants, une odeur d’épice entêtante, des plateaux qui volettent de mains en mains avant de finir leur course dans une grande bassine : bienvenue dans la cantine du Temple d’or, le haut-lieu de pèlerinage sikh implanté au cœur de la ville d’Amritsar (nord-ouest du pays). Chaque jour, des bénévoles du temple servent un repas gratuit à tous ceux qui le veulent. « On appelle ce lieu un langur. La nourriture y est offerte aux gens de toutes les religions, explique fièrement Vijay Singh, l’un des gardiens du temple. C’est une preuve de la générosité des Sikhs. » Il en existe normalement dans tous les temples sikhs, mais celui d’Amritsar est sans doute le plus grand.

Un bénévole sikh. (Martin GABRIELS)

7 jours sur 7 et 24 heures sur 24

Dans une grande salle à l’écart de l’enceinte principale, plusieurs centaines de convives sont assis sur des nattes, jambes croisés et plateau calé entre les pieds. Thalis, naan, riz au curry… Le menu est classique, invariable, mais semble convenir à la plupart des visiteurs. Des Sikhs circulent au milieu des rangs pour remplir assiettes et gobelets à mesure qu’ils se vident. Dans un recoin de la pièce, une cuisine bruyante abrite d’immenses marmites dans lesquelles marinent des sauces de couleurs diverses.

Les nécessiteux peuvent venir se restaurer à la cantine du Temple d’or sans aucune contrepartie, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. « Certains viennent même tous les jours », observe Vijay. Pour les autres, une petite contribution financière est toujours bienvenue, à partir de 5 roupies. Cela peut-être vu comme un acte social pour un occidental, mais pour les Indiens, nourrir son prochain est un geste religieux. « C’est une offrande faite par les Sikhs », affirme Rajesh, un hindou du Penjab. Venu visiter le temple pour la troisième fois, il en a profité pour essayer la cantine. Et lorsqu’on lui demande si la nourriture est bonne, il répond avec un sourire : « C’est gratuit. »

Kilian FICHOU et Martin GABRIELS, au Penjab

Les serveurs remplissent les gamelles à volonté. (Martin GABRIELS)

Les plateaux sont lavés à la chaîne devant la cantine. (Martin GABRIELS)

Chaque jour, près de 10 000 repas gratuits sont servis au Temple d'Or. (Martin GABRIELS)

]]>
http://www.delhiplanet.fr/2011/03/22/a-amritsar-le-temple-dor-abrite-les-restos-du-coeur-sikhs/feed/ 0
Chrétiens, une minorité sous tension http://www.delhiplanet.fr/2011/03/22/chretiens-une-minorite-sous-tension/ http://www.delhiplanet.fr/2011/03/22/chretiens-une-minorite-sous-tension/#comments Tue, 22 Mar 2011 13:20:40 +0000 admin http://www.delhiplanet.fr/?p=2624

Agressions, pillages, profanations, meurtres de fidèles… Depuis une dizaine d’années, les chrétiens subissent de nombreuses persécutions en Inde.

La Cathedral of the Sacred Heart est l'une des plus anciennes église de New Delhi. (Eléna LE RUNIGO)

Il est 18 heures, les cloches de l’imposante Cathedral of the Sacred Heart résonnent dans le quartier de Gol Dak Khana, au nord de New Delhi. Sur la place, la foule s’agite. Les fidèles se pressent pour ne pas rater la messe célébrée par le père Victor Immanuel. Pendant le sermon, les portes restent grandes ouvertes. A l’intérieur, le soleil pénètre par de larges fenêtres, illuminant les murs beiges de l’église. Les bancs sont clairsemés mais la ferveur religieuse est palpable. Les ados au jean délavés se mêlent volontiers aux vieillards et aux femmes en sari.  A la sortie de la messe, le père Victor ne cache pas son émotion : « Nous représentons moins de 3% de la population, il est très difficile d’être chrétien en Inde. Nous sommes victimes de nombreuses persécutions. Dans certains Etas, nos églises sont brûlées, et nos fidèles sont tués », se plaint-il, à l’abri des regards.

Dans ce pays très majoritairement hindou, les attaques anti-chrétiennes sont en effet récurrentes. Généralement, elles éclatent dans les Etats où le BJP (Parti nationaliste hindou) est au pouvoir. En 2007 puis en 2008, l’Orissa a ainsi été le théâtre de flambées de violences, faisant plus de plus de 150 morts.  « Cette violence est apparue il y a une dizaine d’années, avec la montée du nationalisme hindou,  précise Revati Laul, journaliste politique à l’hebdomadaire Tehelka. Quelques Etats ont même adopté des lois pour empêcher les hindous de se convertir au christianisme. »

Les missionnaires évangélistes

Pourtant, la proportion de chrétiens ne cesse de diminuer. Selon le dernier recensement, en 2001 ils représentaient 2,3% de la population, contre 2,5% dix ans plus tôt. La grande majorité des convertis appartient à la communauté des intouchables, le plus bas échelon dans le système des castes. Méprisés par les hindous, ils trouvent dans la religion chrétienne une communauté de substitution, prête à les soigner, les nourrir et les éduquer. Grâce à un minutieux travail social, les chrétiens se sont peu à peu imposé dans les domaines délaissés par l’Etat, surtout dans les zones reculées. Ainsi, plus de 60% des établissements scolaires privés et 80% des hôpitaux sont désormais aux mains de  l’Eglise. Une influence très mal perçue par les nationalistes hindous, qui n’acceptent pas qu’une minorité se permette de bouleverser le système des castes. « Pour les nationalistes, les indiens doivent être hindou, explique Revati Laul. Il n’y a pas de place pour les autres religions. »

Le BJP accuse régulièrement  les chrétiens de forcer les hindous à se convertir. Des accusations qui ne sont pas totalement infondées, certaines églises évangélistes ou pentecôtistes n’hésitant pas à tomber dans le prosélytisme agressif. Ils s’en prennent généralement à des populations extrêmement pauvres et facilement manipulables. Médicaments, nourriture, et construction d’école servent alors d’appât pour inciter les habitants à se convertir au christianisme. Pour le pasteur Dennis Lall de la Cathedral Church of Redemption de New Delhi, « ces accusations font partie de la propagande nationaliste pour persécuter les chrétiens. » Dans son bureau situé à l’arrière de la plus grande église protestant de la capitale, le vieil homme semble fatigué de devoir se justifier. « Je ne sais pas si les conversions forcées ou frauduleuses existent, mais si c’est le cas, nous ne les cautionnons absolument pas », lance-t-il d’un ton sec pour clore la discussion.

Les conversions sont un « prétexte »

Visiblement, le sujet est sensible. Le père Babu de la Cathedral of the Sacred Heart reconnaît quant à lui l’existence de ces organisations aux pratiques parfois douteuses. Mais l’évocation de ces missionnaires sans scrupules assombrit son visage. Sa voix paisible ne masque pas sa colère : « Ces groupes sont largement minoritaires, et ternissent l’image des chrétiens. Nous désapprouvons leurs méthodes. Notre mission est d’aider les pauvres, de les soigner et de les éduquer, cela fait partie du message chrétien. Mais nous ne demandons rien en échange, nous ne faisons pas de prosélytisme. A cause de quelques uns, notre message est mal compris. »

Mais pour lui, les « conversions forcées » sont surtout une excuse derrière laquelle se cachent les nationalistes pour persécuter la communauté.  « Le BJP sait bien que ces méthodes sont ultra-minoritaires, mais ils s’en servent comme prétexte pour nous diaboliser et nous empêcher d’exercer notre religion. » Le sujet est embarrassant, ses mains tremblent légèrement. Il se ressaisit immédiatement, se sert une tasse de tchaï, et retrouve son calme naturel.  « Si les nationalistes nous persécutent, c’est parce que nous sortons les pauvres de la misère, reprend-il. Nous les éduquons, les soignons,  et nous les libérons de leur condition d’opprimés. Mais le problème c’est que les nationalistes cherchent à tout prix à les maintenir en esclavage ! »  Près de deux millénaires après leur implantation en Inde, les chrétiens ont manifestement toujours du mal à s’intégrer.

Eléna LE RUNIGO

]]>
http://www.delhiplanet.fr/2011/03/22/chretiens-une-minorite-sous-tension/feed/ 1
Bhiwani, sanctuaire de la boxe indienne http://www.delhiplanet.fr/2011/03/21/bhiwani-sanctuaire-de-la-boxe-indienne/ http://www.delhiplanet.fr/2011/03/21/bhiwani-sanctuaire-de-la-boxe-indienne/#comments Mon, 21 Mar 2011 10:56:19 +0000 admin http://www.delhiplanet.fr/?p=3003 En Inde, la ville de Bhiwani, au cœur de l’état de l’Haryana, s’est imposée comme le bastion du noble art. Des cinqs boxeurs qualifiés aux derniers Jeux Olympiques, quatre venaient d’un seul et même club.

Au détour d’une route cabossée, la statue de Shiva. Le dieu de la destruction trône à l’ombre d’un peepal tree, arbre sacré de l‘hindouisme. A quelques mètres, une rangée d’arbustes et de rosiers laisse entrevoir les contours d’un ring poussiéreux. C’est là, sous le soleil de Bhiwani, que les plus grands boxeurs indiens ont fait leur premières armes.

« Pour créer le Bhiwani Boxing Club en 2003, j’ai du hypothéquer ma maison et les terres de ma famille », se souvient Jagdish Singh, ancien boxeur amateur reconverti en entraîneur. Cinq ans plus tard, le petit club de l’Haryana entre dans l’histoire en donnant à l’Inde son premier médaillé olympique, Vijender Singh, en bronze. Un véritable conte de fée.

« On a la rage »

A l’entrée du club, une vieille pompe crache une eau trouble dans un sceau en plastique. L’entraînement est spartiate, cinq heures par jour. En arrivant, chaque boxeur se baisse pour toucher les pieds de l’entraîneur en signe de respect. L’homme a ses méthodes, il aime emmener ses boxeurs dans le désert, au nord de la ville, « pour renforcer leur mental ». « Parfois, je les invite aussi chez moi pour leur montrer des vieilles cassettes de Muhammad Ali ou de Mike Tyson », raconte-t-il. Des noms que les jeunes d’ici ne connaissaient pas.

« On n’a peut-être pas d’équipement, mais on a la rage », assène le coach. Les gants sont déchiquetés, usés jusqu’aux jointures, la mousse s’échappe des sacs de frappe éventrés par la répétition des coups. « Il y a beaucoup de blessures au visage à cause de l’état des gants, témoigne Vijender Singh, élevé au rang de star nationale depuis sa réussite olympique. C’est sûrement pour ça qu’on est si bon à Bhiwani. » Moins optimiste, Jagdish Singh rappelle que « beaucoup ont dû arrêter leur carrière prématurément ».

Excédés par cette misère sportive, les boxeurs de Bhiwani avaient organisé, lundi 14 mars, une grève de la faim pour réclamer davantage de moyens. « On est prêts à aller jusqu’au bout », lance Najeev, 17 ans, le leader du groupe. « Tous les jours, on lit dans les journaux qu’il y a de la corruption dans le sport. Ici, on ne demande que des choses basiques : des gants, des protections, des dentiers… », renchérit Jagdish Singh. Malgré sa célébrité, le club souffre toujours de la léthargie légendaire des autorités sportives, obnubilés par le cricket roi.

Pas loin de là, c’est la sortie des classes à Bhiwani, les gamins en uniforme se précipitent hors des murs de l’école dans un joyeux foutoir. Quand on leur demande ce qu’ils veulent faire plus tard, la réponse prend un air de refrain. « Je veux être comme Vijender Singh », rigole Sunjit, 12 ans. Depuis le succès des Jeux de Pékin, la boxe est devenue un culte que les jeunes embrassent dès leur plus jeune âge. « Dans n’importe quelle autre ville, les enfants jouent au cricket, raconte le coach. Ici, ils font du shadow boxing (répéter les coups dans le vide). »

« Ceux qui réussissent sont ceux qui n’ont rien à perdre »

Bienvenue dans la « mini-Cuba of India » ! « Dans le village de Vijender, à Kaluwas, il y a 200 foyers pour autant de boxeurs », explique Jagdish Singh. Des zones rurales aux portes de la ville, les jeunes aspirants affluent par dizaines au Bhiwani Boxing Club, avec l’espoir de se sortir de la pauvreté. Pour récompenser les performances sportives, le gouvernement de l’Haryana attribue des postes de fonctionnaires : police, armée, chemin de fer, le noble art est devenu un ticket pour les classes moyennes. « Ici, ceux qui réussissent, ce sont ceux qui n’ont rien à perdre. »

Sunit a 17 ans, il a quitté son village à cause des problèmes d’alcool de son père. Avec trois autres jeunes, il vit dans quelques mètres carrés, à l’intérieur même du club. Sur les murs blancs, les visages de Vijender Singh et Rajender Iado, le premier coach de boxe à s’être installé à Bhiwani, en 1986. « Leurs parents n’ont pas les moyens de les héberger, explique Jagdish Singh. En échange, ils aident avec les tâches quotidiennes du club. »

Comme lui, Akhil Kumar, quart de finaliste à Pékin et bourreau du Francais Ali Hallab, a séjourné ici trois ans. « Il était comme un fils pour moi, confie Jagdish Singh. Mais après les Jeux, il m’a tourné le dos. » La plaie est encore vive. Partout sur les murs du club, les photos de « ses » boxeurs, Akhil et Vijender, lui rappellent qu’il manque quelqu’un à Bhiwani : « C’est le boxeur que j’ai trop aimé. »

Depuis cet après-midi d’été où des milliers de personnes ont célébré les « héros » sur le retour de Pékin, la boxe a pris une nouvelle dimension dans cette ville jusqu‘ici anonyme. Jagdish Singh, le modeste homme de coin, a reçu des mains de la présidente indienne le Prix Dronacharya, la plus haute distinction conférée à un entraîneur. Grâce à une récompense de quatre millions de roupies (65 000 euros) du gouvernement, il a fait ériger un nouveau gymnase, à quelques foulées de là où l‘aventure a débuté. En ville, cinq autres clubs de boxe ont ouvert leur portes et accueillent aujourd’hui plus de 1 500 boxeurs. A Bhiwani, la boxe n’a pas fini de grandir.

Jean-Charles BARES

]]>
http://www.delhiplanet.fr/2011/03/21/bhiwani-sanctuaire-de-la-boxe-indienne/feed/ 1
Le top chef de Kalkaji http://www.delhiplanet.fr/2011/03/21/le-top-chef-de-kalkaji/ http://www.delhiplanet.fr/2011/03/21/le-top-chef-de-kalkaji/#comments Mon, 21 Mar 2011 00:00:02 +0000 admin http://www.delhiplanet.fr/?p=2589

Paris a Cyril Lignac, Delhi a Lalit Mohan. Ce jeune chef  vient d’ouvrir l’Académie asiatique de l’art culinaire, une école pour les cuisiniers en herbe.

Lalit Mohan (à dr.) dévoile la recette du butterfried chicken à son élève. (Hajera MOHAMMAD)

L’Académie asiatique de l’art culinaire se cache derrière les boutiques de cadeaux et de vêtements de Kalkaji, quartier populaire du sud de Delhi. Un panneau indique que l’école se trouve au  dernier étage d’un bâtiment vétuste. D’étage en étage, le marbre recouvre progressivement les marches en béton de l’escalier. Une grande porte en bois se dresse enfin. De l’autre côté, une jeune femme en sari vous accueille dans une petite réception. Les locaux sont refaits à neuf, dans un style purement occidental.

Parents, étudiants, touristes, les cours sont ouverts à tous. Au programme : leçons de cuisines indienne, européene, chinoise, préparation d’apéritifs et de desserts. Certains viennent pour le loisir, d’autres pour une réelle formation. Dans ce cas, les élèves doivent suivre des cours pendant un an, puis effectuer un stage de 6 mois pour valider leur diplôme.

« Mes parents auraient préféré que je devienne businessman »

Lalit Mohan a inauguré son établissement en septembre 2010. Cet Indien de 32 ans a toujours su qu’il deviendrait chef cuisinier. « C’est mon rêve depuis l’âge de 7 ans. Quand j’étais enfant, je traînais toujours  dans la cuisine avec ma mère. » Mais en Inde, difficile pour un garçon de percer dans cette voie. « Socialement, ce n’est pas l’idéal. La cuisine reste un domaine réservé aux filles. Mes parents auraient préféré que je devienne businessman. » Si Lalit Mohan a finalement réalisé son rêve, l’image qu’il renvoie ne s’éloigne pas de celle d’un homme d’affaires.

Après avoir obtenu son diplôme au « Delhi Institute of Hotel Management and Catering Technology », il exerce dans  des prestigieux restaurants comme le Olive Bar and Restaurant à Bombay, repaire du gotha bollywoodien. Aujourd’hui, il est assis dans son grand bureau, digne d’un PDG occidental, l’oreille collée à son iPhone. Pour autant, son école semble avoir du mal à percer. Pour preuve, il n’y a qu’une seule élève inscrite au cours de ce matin… Mais le chef relativise : « La plupart de mes élèves sont des étudiants et, en ce moment, ils sont en examen ; alors forcément, c’est désert. Si vous revenez demain, ils seront six. »

Il ne resterait plus que la seule élève inscrite fasse l’école buissonnière. Elle a déjà une demie-heure de retard. En attendant, le chef va enfiler sa blouse et sa toque avant de se rendre dans la salle de cours.  Une cuisine suréquipée, avec caméras et écran géant pour observer les plats mijoter sur le feu. Ses deux assistants ont déjà tout préparé. Les oignons sont découpés, les légumes, lavés, les épices, présentées dans des petits bols, et la recette, posée sur un coin du plan de travail. Il manque les piments. Lalit Mohan demande à l’employé de maison d’aller en acheter au marché du coin.

«  Pourquoi pas une école en France ? »

Ghizal Ahmad, l’élève tant attendue, arrive enfin. Cette femme au foyer a déjà suivi un cours de cuisine mexicaine. Ce matin, place aux spécialités chinoises. « La cuisine est ma passion ! Trouver des nouvelles recettes à faire et refaire pour mes invités, c’est un vrai bonheur ! Et mon mari est un grand gourmand donc j’essaye de lui faire plaisir aussi !» Payer 800 roupies (13 euros), soit une petite fortune en Inde, ne la dérange pas. « Ca vaut le coup. L’enseignement est de qualité, le chef a de l’expérience et on repart avec des recettes plein la tête. »

Dès le début du cours, l’apprentie se montre très curieuse : « Pourquoi cette soupe s’appelle-t-elle mongo ? », interroge-t-elle. Visiblement, Lalit Mohan ne sait pas. Mais il se rattrape sur les produits suivants. Il explique tous ses gestes, l’histoire et la spécificité des produits, les bonnes astuces et autres assortiments judicieux. Pour ce passionné de cuisine française, impossible de ne pas expliquer l’origine du mot « chef ». Entre les springs rolls et le butterfried chicken, le professeur et l’élève discutent de tout et de rien : la vie du quartier, les nouvelles familiales, les bonnes adresses où trouver de la purée de tomates. Lalit Mohan fait part à son élève de ses projets. « A long terme, j’aimerais ouvrir des écoles dans d’autres pays. Pourquoi pas en France ? »

En cuisine, le chef n’a qu’à claquer des doigts pour que ses assistants lui passent les produits et ustensiles. Faisant preuve de professionnalisme, il révèle un côté perfectionniste en s’arrêtant sur des détails. « Non ! Sors une assiette plus jolie que ça ! Carrée, pas ronde !», lance-t-il à un de ses employés. Après trois heures de cours, place à la dégustation. « Excellent !», s’exclame Ghizal. Aucun doute qu’elle reviendra. D’ailleurs, elle a déjà réservé son prochain cours. Ce sera  la préparation des snacks à l’américaine.

Hajera MOHAMMAD

]]> http://www.delhiplanet.fr/2011/03/21/le-top-chef-de-kalkaji/feed/ 0 A Haridwar, la jeunesse replonge dans les traditions http://www.delhiplanet.fr/2011/03/20/a-haridwar-la-jeunesse-replonge-dans-les-traditions-2/ http://www.delhiplanet.fr/2011/03/20/a-haridwar-la-jeunesse-replonge-dans-les-traditions-2/#comments Sun, 20 Mar 2011 20:09:26 +0000 admin http://www.delhiplanet.fr/?p=2367 Des milliers de pèlerins affluent chaque jour sur les rives de cette « porte du Grand Fleuve » pour se baigner dans les eaux sacrées du Gange. Une tradition millénaire,  perpétuée  avec ferveur par les jeunes générations éduquées. Diaporama sonore.

]]>
http://www.delhiplanet.fr/2011/03/20/a-haridwar-la-jeunesse-replonge-dans-les-traditions-2/feed/ 0
Le microcrédit indien se cherche un avenir http://www.delhiplanet.fr/2011/03/17/le-microcredit-indien-se-cherche-un-avenir/ http://www.delhiplanet.fr/2011/03/17/le-microcredit-indien-se-cherche-un-avenir/#comments Thu, 17 Mar 2011 16:32:15 +0000 admin http://www.delhiplanet.fr/?p=2499 Toute la microfinance indienne était réunie à New Delhi, les 15 et 16 mars, pour trouver une issue à la crise que traverse actuellement la filière. L’enjeu est de taille : il s’agit pour les entreprises du secteur d’éviter que l’État central ne vote une loi trop coercitive.

Le président de Sa Dhan a invité les organisations de microcrédit à adopter un code de conduite pour une meilleur protection des clients

D’intenses tractations agitaient la capitale indienne ces deux derniers jours, à l’occasion de la conférence nationale sur le microcrédit. Ce sommet de crise réunissait les plus hautes autorités financières, politiques et associatives afin de tenter de sauver la filière, entachée par une série de scandales. Le Bangladais Mohammed Yunus, l’inventeur de la microfinance, n’a finalement pas présidé l’évènement. Et pour cause ! Le prix Nobel de la paix 2006 a été récemment évincé de sa propre organisation, la Grameen Bank, par la Banque centrale du Bangladesh. Tout un symbole : les temps ont changé et les têtes commencent à tomber. « Le microcrédit doit se redécouvrir », a d’ailleurs déclaré à la tribune R. Subrhmanayam, membre du gouvernement de l’Andrah Pradesh, État du sud qui concentre 30% des micro-prêts du pays.

« L’Etat central doit éditer des règles claires pour tout le monde »

Dans les couloirs du luxueux hôtel Ashok, les conciliabules inquiets allaient bon train, en marge des débats qui se tenaient dans l’immense salle réservée pour la conférence. Avec 27 millions de clients, les 264 instituts de microcrédit (MFI) du pays sont devenus des acteurs incontournables de l’économie indienne. Mais depuis six mois, ces anciennes ONG devenues des entreprises à vocation commerciale sont critiquées de toutes parts, accusée d’avoir poussée au suicide plusieurs dizaines de femmes surendettées.

Taux d’intérêts trop élevés, marges exorbitantes, méthodes de recouvrement brutales : ceux qui étaient portés aux nues il y a encore quelques années sont aujourd’hui soupçonnées de rechercher le profit à tous prix. De nombreuses sociétés ont déjà fait faillite et la réputation de tout le secteur est ébranlée. Certains responsables politiques locaux n’ont pas hésité à arpenter les rues, mégaphone à la main, pour appeler la population à ne pas rembourser les emprunts. « Du populisme », dénonce Vijay Mahajan, fondateur de la première MFI indienne.

Les questions de l’auditoire n’ont pas ménagé les intervenants

Soucieux de mettre fin aux dérives, l’Etat peaufine actuellement une législation pour mettre fin au statu quo. « L’Etat central doit éditer des règles claires pour tout le monde », estime Manab Chakraborty, président fondateur de Mimo Finance, un IMF basé dans l’Etat himalayen de l’Uttarakhand qui compte près de 90 000 clients. Pas question toutefois pour la microfinance d’accepter des règles trop contraignantes. A la tribune, de nombreux intervenants ont d’ailleurs plaidé pour une autorégulation du secteur.

Les MFI soucieux de garder les mains libres

En 2006, Sa-Dhan avait édité un code de bonne conduite à destination de ses membres. Cette importante plateforme qui regroupe de nombreux MFI et des ONG insiste sur la transparence, la formation des personnels et l’accompagnement des emprunteurs. Les récents scandales en Andrah Pradesh prouvent cependant que ce code n’a pas été suivi par tous les membres de Sa-Dhan, loin de là.

Aujourd’hui, la microfinance semble surtout soucieuse de montrer sa bonne volonté à l’État central pour garder les mains libres sur ses activités. Dans de nombreux autres pays, cette activité a connu des difficultés similaires. « L’Inde n’est pas un cas isolé, mais ce pays concentre le plus d’exemples extrêmes », a concédé Gregory Chen, porte-parole régional de l’organisation CGAP. Si les IMF veulent bénéficier d’un statut particulier, ils devront désormais faire la preuve qu’ils ont d’autres motivations que le seul appât du gain. L’avenir dira s’ils sont prêts à investir les moyens, financiers et humains, pour redevenir de véritables acteurs du développement.

Célia LEBUR et Benoît TOUSSAINT, de New Delhi

]]>
http://www.delhiplanet.fr/2011/03/17/le-microcredit-indien-se-cherche-un-avenir/feed/ 0
L’immense pharmacie low-cost de l’Inde http://www.delhiplanet.fr/2011/03/17/limmense-pharmacie-low-cost-de-linde/ http://www.delhiplanet.fr/2011/03/17/limmense-pharmacie-low-cost-de-linde/#comments Thu, 17 Mar 2011 16:25:21 +0000 admin http://www.delhiplanet.fr/?p=2207

Le plus grand marché pharmaceutique d’Asie ressemble à un bazar indien : ce sont les ruelles enchevêtrées de Bhagirath Palace, où les médicaments – génériques ou faux - s’achètent en gros.

A l’entrée des boutiques, les médicaments s’entassent comme des paquets de bonbons. (Juliette DROZ)

Devant chaque devanture, les clients jouent des coudes pour accéder au comptoir. Les billets passent de main en main. Et tout le monde repart avec son petit sachet. A priori, un bazar ordinaire d’Old Delhi. Sauf qu’à Bhagirath Palace, on ne vend ni pashminas, ni épices – mais des médicaments.

« C’est le plus grand marché pharmaceutique de toute l’Asie, indique Hitesh Sabherwal, le jeune gérant d’une boutique. Ici, 70 % des médicaments sont génériques. » Moins cher que l’Europe, mieux organisé que le reste de l’Asie, le marché indien défie toute concurrence. « On se fournit en Chine, mais seulement pour les matières premières », précise le revendeur.

Nasin (1) se fraie un chemin entre les porteurs de cartons et les rickshaw frappés d’une croix médicale. Dans sa main droite, un sac plastique gonflé de pilules et d’outils médicaux : « Du matériel chirurgical, des médicaments brevetés et des génériques, décrit-il. Je ne les achète pas cher et je les revends dans mon magasin du sud de Delhi. » Des vendeurs plus ou moins louches aux médecins et aux pharmaciens, Bhagirath Palace fournit tout le monde. Parfois au-delà des frontières de l’Inde.

De Dubaï à Lagos

« J’ai des clients dans le monde entier », se félicite Jitender Sareen, en comptant les liasses de billets dans son arrière boutique. Producteur, revendeur et exportateur de matériel chirurgical, le patron de Sareen Surgical possède un autre magasin et deux usines à Delhi. De Dubaï à Madrid, ses produits s’exportent partout. « Le matériel part en Suisse, puis dans le reste de l’Europe, explique-t-il. En Allemagne, un de mes revendeurs les distribue dans toute l’Afrique. » Méfiant, il préfère taire son nom : « That’s business secret. »

Toute la journée, les cargaisons de médicaments circulent dans les rues de Bhagirath Palace. (Juliette DROZ)

Entre les piles de cartons et les sacs remplis de pilules multicolores, trois japonais avancent d’un pays décidé. Manifestement, ils connaissent le chemin. « Nous venons acheter des médicaments », reconnaît l’un d’entre eux. Pas question d’en dire plus. Ils s’engouffrent illico dans la boutique la plus proche.

« Ici, une tablette d’antibiotiques coûte une roupie – 200 fois moins qu’aux Etats-Unis », souligne Hitesh Sabherwal. Des prix imbattables car les médicaments proviennent tous de l’Himachal Pradesh, une zone détaxée du nord-ouest du pays. Hitesh n’exporte pas, mais il y pense : « N’importe quel revendeur peut obtenir une licence. »

« Les produits sont faux »

A même le sol, les cargaisons de médicaments côtoient les flaques d’eau croupie et les bottes de paille. Quelques singes se balancent au-dessus d’une boutique d’antibiotiques. « Tout est contrôlé, assure le jeune commerçant. Nous devons respecter des normes sanitaires fixées par le gouvernement. »

Dans une rue adjacente, Rajo donne un autre son de cloche : « Tout le monde sait que les produits sont faux. » Accoudé au comptoir de sa boutique de produits protéinés, le jeune homme parle à mots couverts. L’air tendu, il surveille la rue du coin de l’œil. « Les produits sont modifiés mais les autorités ferment les yeux », révèle-t-il.

Tentaculaire, Bhagirath Palace est la pharmacie la moins chère du monde – et son marché pourrait bien s’étendre. « La nouvelle génération arrive », prophétise Jitender Sareen. Ses fils étudient le management à l’université. « Quand ils reprendront mon affaire, nous allons vendre dans le monde entier. »

Juliette DROZ et Corentin CHRETIEN

(1) le prénom a été changé

]]>
http://www.delhiplanet.fr/2011/03/17/limmense-pharmacie-low-cost-de-linde/feed/ 0
Sarojini, 8 ans : « Je veux être docteur » http://www.delhiplanet.fr/2011/03/17/sarojini-8-ans-je-veux-etre-docteur/ http://www.delhiplanet.fr/2011/03/17/sarojini-8-ans-je-veux-etre-docteur/#comments Thu, 17 Mar 2011 16:09:03 +0000 admin http://www.delhiplanet.fr/?p=2920 Les enfants du bidonville de l’Université Jawaharlal Nehru de Delhi n’ont pas l’âge d’aller à la fac mais ont la chance d’aller à l’école, grâce au travail d’une association.

Sarojini (à droite) entourée d'enfants du village. (Jean-Charles GUICHARD)

Entre les amphis et les dortoirs, un petit village vit au rythme du chantier. Les ouvriers qui construisent la future résidence étudiante du campus vivent à deux pas de leur travail. Sous quelques tôles surmontées de briques rouges ou dans des cabanes en dur pour les plus chanceux. Un ballet incessant rythme leurs journées : les femmes transportent les outils des hommes qui travaillent sur les échafaudages, d’un endroit à un autre. Ces travailleurs migrants viennent de l’Orissa, région côtière de l’Est indien. Leur salaire avoisine les 150 rupees (2,5€) par jour.

A défaut d'avoir des bras musclés, les femmes portent les outils sur leurs têtes. Ici, après une journée de travail. (Jean-Charles GUICHARD)

L’après-midi, en attendant le retour des parents, les enfants jouent. Sarojini a 8 ans. Pieds nus, dans ses habits colorés, elle court dans les allées ocrées de son bidonville avec ses amis. Leur chahut insouciant ferait presque oublier les conditions dans lesquelles vivent ces 45 bambins. Pas d’eau courante, pas de sanitaires, les conditions d’hygiène sont sommaires. L’accès au savoir et aux soins médicaux est tout récent pour eux.

Fondée en 2006 par quelques étudiants, l’association Abhigyan de Jawaharlal Nehru University aide ces enfants. « L’université ne voulait pas leur fournir de toilettes et leur défendait de venir au dispensaire », se souvient Eleonora Fanari, étudiante Italienne en master de sociologie à Delhi et membre active de l’association. De l’eau est amenée chaque jour au bidonville « pour qu’ils se lavent quotidiennement ». Sur le plan sanitaire,  « on fait venir un médecin tous les deux mois et les enfants sont vaccinés. En cas de problème urgent, on les accompagne au dispensaire afin qu’ils soient bien accueillis et soignés », explique l’étudiante de 24 ans.

La plupart de leurs parents sont analphabètes

Les petits des bidonvilles ne sont pas les bienvenus dans les écoles publiques. En 2009, Abhigyan a commencé à faire venir un instituteur là où habitent les enfants, chaque jour de la semaine sauf le week-end. Lecture, écriture et anglais sont les enseignements de base. Leurs parents, pour la plupart analphabètes, en sont ravis. « Ils sont souvent gênés, timides, ils ne savent pas comment nous remercier et nous sont très reconnaissants. » assure Eleonora.

dancingchildren

Les enfants en cours de danse. (Jean-Charles GUICHARD)

En plus des cours, des activités ludiques sont offertes non loin du bidonville. Le jeudi, c’est jour de danse. Filles et garçons, ils sont 15 à avoir fait le déplacement et répètent une chorégraphie qu’ils présenteront le lendemain devant leurs parents. Ils fredonnent une mélodie qu’ils connaissent par cœur, s’entraînent à saluer le public. Facilement distraits et chapardeurs, leur attention est difficile à conserver.

Sarojinitalking

Après la danse, Sarojini est épuisée mais toujours souriante. (Jean-Charles GUICHARD)

Sarojini a six grandes sœurs et un petit frère. Elle est la seule à venir au cours de danse. « J’adore ça », dit-elle, parée d’un sourire inextricable. « J’aime aussi étudier, ajoute-t-elle tout de go, je veux être institutrice, ou docteur ! ». Si certains espèrent que Sarojini échappera au destin qu’a connu sa mère, d’autres sont plus fatalistes, à l’image d’un collègue d’Eleonora. « Elle travaillera certainement dans les chantiers, ça se passe comme ça ici ».

Jean-Charles GUICHARD

____________________________________________________________________________________________________

Portfolio. Sarojini, le chantier, le village, la danse.

Jean-Charles GUICHARD

]]>
http://www.delhiplanet.fr/2011/03/17/sarojini-8-ans-je-veux-etre-docteur/feed/ 0